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jeudi 10 mai 2018

Des rabbins européens et israéliens en visite officielle en Tunisie


DES RABBINS EUROPÉENS ET ISRAÉLIENS EN VISITE OFFICIELLE EN TUNISIE
Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps
            
Rabbins avec le grand Mufti de Tunisie

          Le pèlerinage de la Ghriba est toujours l’occasion pour les Tunisiens de renouer leurs liens avec les Juifs mais en occultant l’existence des Israéliens. La Tunisie n’arrive pas à se remettre du départ de toute sa communauté juive qui s’élevait à 105.000 âmes en 1948 et qui constituait un élément dynamique tant sur le plan économique que professionnel. On ne compte plus les professeurs de médecine, les industriels et les avocats célèbres, d’origine tunisienne, qui figurent parmi les grandes réussites françaises.
Cliquer sur la suite pour voir la viédéo de sa visite


Médaillés par la Tunisie
            
          Il est probable qu’un certain regret traverse l’esprit des Tunisiens lorsqu’ils constatent ce potentiel humain gaspillé parce qu’on n’a pas su retenir les Juifs qui étaient installés en Tunisie bien avant l’arrivée des Arabes. Il n’en reste plus qu’un millier qui ont fait le choix de rester dans leur pays natal malgré les différents événements, parfois dramatiques. Mais si les autorités tunisiennes axent leurs efforts auprès des Juifs, en invitant des journalistes et en leur accordant des médailles prestigieuses, en offrant l’hospitalité à des membres éminents de la communauté française, le résultat reste négligeable par rapport aux efforts entrepris.

            Toutes les manifestations officielles, où participent ministres et hauts fonctionnaires tunisiens, procèdent du même cérémonial pour démontrer qu’il existe toujours une fraternité entre les deux communautés. Alors, chaque année, on gonfle le chiffre des participants à la Ghriba, 5.000 à 6.000 Juifs alors que les témoins les évaluent à peine à 500 et parfois figurent parmi eux des habitants amenés en bus de Tunis en renfort à Djerba pour masquer l’échec du pèlerinage. Il y a bien sûr les habitués qui aiment se retrouver tous les ans, les amoureux du pays quelle que soit l’évolution politique et les superstitieux qui espèrent la bonté du Ciel pour régler quelques problèmes de santé parce qu’ils ont tout essayé par ailleurs.

            Mais au lieu de concrétiser courageusement des liens avec l’État d’Israël, les Tunisiens pensent qu’ils pourraient ramener à de bons sentiments les Juifs en invitant leurs rabbins en Tunisie. Une délégation de rabbins israéliens et européens et des responsables d'organisations juives s’est rendue «secrètement» en Tunisie, du 4 au 7 mai 2018, comme en témoignent des photos qui ont volontairement fuité et dans lesquelles ont reconnaît certaines personnalités médiatiques comme le rabbin du Raincy Moshé Lewin, le très influent président du consistoire israélite de Marseille Zvi Ammar, et le représentant de la Conférence des rabbins européens, Moshe Friedman.


            La chaîne israélienne Arutz Sheva faisait partie du voyage et a réussi à obtenir une déclaration du Mufti de la République, Othmane Battikh. Les rabbins ont été invités par le gouvernement tunisien à renforcer la communauté juive réduite à sa plus simple expression, à soutenir le rabbin de la Tunisie Haïm Bitan, et à développer la coopération entre Juifs et Musulmans dans la guerre contre la terreur islamique. La délégation a reçu une réception royale sous l’égide du ministère du Tourisme tunisien qui a financé sa visite dans le quartier juif de l'île de Djerba. Les rabbins ont visité le Talmud Torah local où sont menées les études juives et l'école des filles Kanfei Yona. Ils ont ensuite prié à l'ancienne synagogue d'Al Ghriba, reconstruite il y a une dizaine d'années. Selon la tradition, le jour du shabbat, toutes les familles juives ont apporté sur la place du village leur repas traditionnel dafina, le cholent séfarade, sorti du four pour le partager avec les invités.

            Le ministre tunisien des affaires religieuses, Ahmed Adhoum, s’est joint à la délégation le samedi soir pour transmettre son message «le peuple tunisien vit en solidarité avec les Juifs». Dimanche les rabbins se sont rendus à la grande synagogue de Tunis qui avait été incendiée durant la Guerre des Six-Jours puis ont prié sur les tombes des Sages tunisiens enterrés au cimetière du Borgel.
Cimetière du Borgel

            Il est vrai que les manifestations étaient à consonnance religieuses mais les organisateurs ont bien fait les choses puisque la ministre du tourisme Selma Elloumi Rekik, le Mufti de la République Othmane Battikh et l’ambassadeur de France à Tunis, Olivier Poivre d’Arvor étaient présents aux côtés de la délégation. L’aspect politique était sous-jacent. Il est certes évident que ces réunions ne sont pas négatives et qu’elles tissent un début de liens mais le gouvernement tunisien refuse de se placer sur un plan politique en abordant de front le problème israélien.
Selma Elloumi Rekik ministre du tourisme

            D’ailleurs aucun media officiel tunisien n’a rapporté cette visite «secrète» alors qu’officiellement le ministère du Tourisme en était l’initiateur. Il est établi cependant que la Tunisie accepte sur son sol avec parcimonie quelques media israéliens, munis d’autorisations officielles ponctuelles, pour couvrir l’événement du pèlerinage de la Ghriba. 
Le grand Mufti et le micro israélien

          Mais en Tunisie on n’affiche pas ouvertement les relations avec les Israéliens, préférant se cacher derrière la fonction religieuse des participants. D’ailleurs, devant les critiques qui ont fusé contre le Mufti à la suite de son interview à la télévision, il s’est défendu en déclarant qu’il «ignorait qu’il s’agissait d’une chaîne israélienne parce que « le journaliste s’était présenté comme étant un palestinien» ; excuse peu crédible quand on voit le micro tendu portant l'inscription en hébreu de la chaine.
Khémais Jhinaoui

            Il serait temps que le gouvernement tunisien cesse de tourner autour du pot et envisage, sans que cela soit un blasphème, de renouer avec l’État d’Israël d’autant plus que Khemaïs Jhinaoui, l’éphémère ambassadeur tunisien à Tel-Aviv nommé ministre des affaires étrangères de Tunisie, a déjà placé quelques jalons. Il n’y a qu’un pas à sauter pour que les 55.000 Israéliens d’origine tunisienne et leurs descendants retrouvent le chemin de leur pays natal et leurs racines pour prouver que «Les musulmans sont partenaires dans la lutte contre le terrorisme islamique, l'extrémisme musulman et l'antisémitisme institutionnel en Europe» selon les termes du rabbin Pinchas Goldschmidt, président de la Conférence des rabbins européens.

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