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mardi 3 avril 2018

Le Quai d'Orsay appelle Israël à la retenue



LE QUAI D’ORSAY APPELLE ISRAËL À LA RETENUE

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps


           
Le Quai d'Orsay
          
         Fidèle à lui-même, le Quai d'Orsay rappelle «les autorités israéliennes à leur devoir de protection des civils et leur demande d'agir avec la plus grande retenue» à la suite de la mort de 16 Palestiniens dans la bande de Gaza. Paris a également dit rappeler le «droit des Palestiniens à manifester pacifiquement» et dit souhaiter que «les deux parties fassent cesser la crise humanitaire que traverse la bande de Gaza». Le Quai d'Orsay suggère notamment que le blocus instauré par les autorités israéliennes soit levé, de même que la «levée des mesures restrictives».



Romain Nadal, porte-parole du Quai

            Les diplomates de l’ambassade de France à Tel-Aviv n’avaient pas apprécié mon article publié chez Slate en février 2018. Un passage les avait en particulier choqués :
            «En froid depuis le vote de la France en faveur de la résolution condamnant la décision américaine de transférer son ambassade à Jérusalem, Français et Israéliens vont se retrouver en février autour de bons plats et de bons vins, pour réchauffer les cœurs, délier les langues et reprendre contact. Depuis les votes négatifs à l’Unesco et après le vote de la France en faveur de la résolution condamnant la décision américaine de transférer son ambassade à Jérusalem, les relations entre Israël et la France sont –c’est un euphémisme– très froides».
            Les diplomates français ont estimé qu’il y avait dans ces propos un contre-sens et que les relations bilatérales étaient excellentes. Cela dépend en effet de quel bout de la lorgnette on observe les faits. Si on se fonde sur les nombreuses visites de ministres et hauts personnages français, alors la diplomatie française est active en Israël, sans nier cependant que les relations entre la diplomatie française et Israël ont toujours été extrêmement conflictuelles. Au moment où les bouleversements géopolitiques, nés des révolutions arabes, sont perçus en Israël comme le meilleur ou le pire, les péripéties de la diplomatie française sont aussi suivies avec attention.
            Les relations diplomatiques entre la France et Israël subissent les turbulences d’un couple : l’idylle, la passion, la haine, le divorce et finalement une normalisation née d'une certaine lassitude. Il n’y a eu qu’une seule trêve entre les deux pays, du temps de la gouvernance socialiste de 1948 à 1958, uniquement parce que les gouvernements de l’époque ont tenu à l’écart le Quai d’Orsay. C’est le Quai qui avait en effet bloqué la reconnaissance de l’État d’Israël décidée par David Ben Gourion le 14 mai 1948. Alors que le Etats-Unis et la Russie reconnurent Israël, «de jure», dès le lendemain, le gouvernement de la République française décida de reconnaître le Gouvernement provisoire d’Israël comme gouvernement «de facto» plusieurs mois après, le 24 janvier 1949, presque contraint et forcé. Le Quai craignait déjà pour les relations avec les pays arabes.

            L’épisode gaulliste de 1958 à 1968 fut la période la plus noire des relations franco-israéliennes. On reconnaît d’ailleurs l'influence du Quai dans le discours du 28 novembre 1967 quand le Général définit Israël comme «un État guerrier résolu à s’agrandir» et s’en prit aux Juifs comme «peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur». Lorsque de Gaulle perdit le referendum de 1969, l’ambassadeur à l’ONU, Armand Bérard, exprima l’émotion du ministère des Affaires étrangères en s’exclamant : «C'est l'or juif qui en est la cause !».
Claude Goasguen

            Le gouvernement français est libre dans ses choix politiques et sa politique étrangère ne doit pas être soumise à l’imprimatur d’Israël. Mais il semble évident que des relations privilégiées existent avec les potentats arabes et que toute la politique de la France est fondée sur un pragmatisme économique dans lequel Israël a peu de place. Ainsi, l’on ne peut que croire l’affirmation du député Claude Goasguen qui nous avait affirmé lors d’une interview : «En vérité la politique étrangère en France est réservée à une poignée d’individus sans contrôle. Le président de la République, un petit peu le ministre des Affaires étrangères qui n’a pas grand pouvoir et le Quai d’Orsay. L’Assemblée nationale ne connaît rien de la politique étrangère de la France. En tant que député, j’apprends tout par la presse, comme vous. Nous sommes le seul pays à avoir un homme et un seul à l’Élysée, avec le secrétaire général du Quai qui décide de tout et qui est par nature en dehors de toute responsabilité politique»
Gaza comité de coordination

            Le Quai d’Orsay est dans son rôle quand il publie son opinion à l’occasion des événements meurtriers de Gaza. Mais le déséquilibre de sa déclaration affaiblit son influence en Israël et lui enlève toute possibilité de se poser en arbitre dans le dialogue israélo-arabe, n’en déplaise aux diplomates de l’ambassade dont le rôle est de gommer les aspérités. Pourtant, les Israéliens considèrent que la France est un partenaire indispensable dans le processus de paix en raison de ses relations amicales avec les pays arabes.
            La mauvaise foi est caractéristique des déclarations du Quai. En insistant sur la «levée des mesures restrictives», il feint d’ignorer qu’il existe en fait un double blocus égypto-israélien en vigueur depuis 2007, année de la prise du pouvoir par le Hamas. Le terminal de Rafah avec l’Égypte est totalement verrouillé tandis que des centaines de camions traversent tous les jours les passages israéliens pour alimenter Gaza en produits, à l’exception des armes et des matériaux de construction des tunnels. Même les voitures Mercédès entrent librement dans la bande.

            La crise humanitaire que traverse la bande de Gaza n’est pas du seul fait d’Israël mais en particulier de l’Autorité palestinienne. Le Quai n’a fait aucune pression sur l’Autorité palestinienne pour qu’elle verse les salaires dus aux Gazaouis, pour que des liquidités en surnombre en Cisjordanie soient injectées à Gaza et pour qu’elle résorbe le chômage de 50%. Le Quai n’a pas mis en garde le Comité de coordination pour la grande marche du Retour sur les risques d’un débordement des émeutiers chauffés à blanc par des discours nationalistes inefficaces : «Le Comité de coordination a identifié un certain nombre d'événements populaires pour faire face à l'occupation et briser l'arrogance de la sécurité israélienne qui a essayé d'être imposée à notre peuple et l'empêcher d'approcher des frontières artificielles entre la bande de Gaza et nos terres historiques occupées». Considérer que les frontières sont artificielles c’est pousser les manifestants à les détruire et à envahir le territoire israélien.
Victimes "civiles" du Hamas

            Le Quai n’a pas analysé la constitution du Comité de coordination, qui comprend des forces nationales mais aussi des factions islamiques et djihadistes qui ne sont pas des enfants de chœur.  Quand le chef du bureau politique du Hamas, Ismail Haniyeh, avertit que la «marche du retour» ne s'arrêtera pas forcément à la frontière d'Israël, c’est un encouragement à s’en prendre aux forces de l’ordre israéliennes qui garantissent la sécurité du pays et de sa population, «Vendredi nous nous sommes arrêtés à la frontière, la prochaine fois nous ne savons pas où la frontière sera». Ces déclarations sont loin d’être pacifiques; elles enflamment les passions; mais le Quai veut les ignorer dans sa position naturellement et historiquement anti-israélienne.
            La conclusion revient à un diplomate israélien, Arie Avidor, longtemps en poste à Paris : 
«Le Quai d’Orsay décerne le label “manifestation pacifique” à la tactique agressive inédite du Hamas destinée, selon ses propres termes, à violer au moyen de gigantesques mouvements de populations la frontière d’Israël et à investir son territoire. Ni les objectifs déclarés ni les provocations du Hamas, dont le nom n’est même pas cité, ne sont condamnés dans ce communiqué. Préoccupation certes, appel à la modération soit, mais de là à accorder ainsi un blanc-seing aux visées d’une organisation terroriste, non ! En fait de réaction déséquilibrée, ce genre de communiqué en est une, propre à indigner et à désespérer les plus modérés (dont je suis)».

6 commentaires:

Philippe BLIAH a dit…

Israel a l'habitude depuis des decennies de cette constante réaction pavlovienne émanant du Quai d'Orsay ...au point de n'y accorder plus aucune importance, la France n'ayant plus l'influence qu'elle pense encore posseder au Moyen-Orient. La meilleure réponse d'Israel est silencieuse, adoptant la philosophie de Lao-Tseu :'quand une femme te parle souris lui et ne réponds pas" (à prononcer avec l'accent chinois pour faire son effet)

Marianne ARNAUD a dit…

Cher monsieur Benillouche,

Lisant votre article intitulé : "Nous sommes imbattables sur le plan militaire", je pensais à ces batailles gagnées par la France où elle avait été "imbattable sur le plan militaire", mais où elle n'avait pas pu gagner la paix. Et je me disais que ce n'était certainement pas la France, dont Thierry de Montbrial dit qu'elle est "quelque peu lézardée" qui pourra aider Israël à gagner la paix. Car insiste-t-il : "Un pays dont l'identité est durablement et gravement fracturée peut difficilement mener une politique étrangère forte."

Très cordialement.

daniel figueiredo a dit…

Bonne plume...👌

Gaston a dit…

Félicitations pour cet article qui résume fort bien les contradictions et les préférences flagrantes du quai d'Orsay.
Le quai d'Orsay par essence n'aime pas Israel et je me retiens d'aller plus loin.

Demander à Israel de réduire ses réponses, c'est en même temps retourner le problème (ne pas demander au hamas de cesser ses provocations) et diaboliser ce pays.
Et ainsi de favoriser les actes extrémistes qui se passent en France.

On n'attends pas grand chose du quai d'Orsay et on observe la convergence d'une certaine droite et d'une certaine gauche.

Cordialement.

Alain PRAUD a dit…

Pour une fois je ne vous suivrai pas, ni surtout la politique de Benanyahou (que je n'ai jamais suivie). Quelle que soit la provocation évidente du Hamas, personne au monde ne justifiera des tirs de snipers sur des gens sans armes. Réfléchissez-y froidement, car à ce train un jour ou l'autre plus personne ne vous soutiendra.

Jacques BUSSEUIL a dit…

C’est bien de rappeler le droit de manifester pacifiquement, mais avez-vous déjà vu le Hamas organiser quoi que ce soit de pacifique? Cette manif n’avait pas d’autre objectif que de faire le plus possible de morts.