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dimanche 25 février 2018

Prétendants à la succession de Netanyahou : 6/ Ayelet Shaked



PRÉTENDANTS À LA SUCCESSION DE NETANYAHOU

6/ Ayelet SHAKED, Foyer Juif

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps

           
            
          Les vedettes politiques ne sont pas toujours les têtes de liste ou les chefs de partis. Souvent, les seconds couteaux ont plus de charisme que leurs leaders. C’est le cas d’Ayelet Shaked, surnommée la «dame de fer» de Habayit Hayehudi, qui peut prétendre au poste suprême. Ayelet Ben Shaul, née le 7 mai 1976, est mère de deux enfants. Elle s’affirme laïque ce qui est paradoxal pour une dirigeante d’un parti sioniste religieux. Après avoir obtenu un master en ingénierie électronique et informatique à l'Université de Tel-Aviv, elle a fait ses premières armes professionnelles au service marketing de la société Texas Instruments. Son époux Shaked est pilote de chasse.





Shaked-Bennett

            Elle est entrée en politique comme directrice du cabinet de Benjamin Netanyahou de 2006 à 2009 et à ce titre, elle a préparé les élections législatives de 2009 avec Naftali Bennett avec qui elle a créé en 2010, le mouvement «Mon Israël» (Israël Shely). Bien que nommée en 2012 coordinatrice du Likoud, elle a choisi de démissionner du parti pour rejoindre Habayit Hayehudi sous l’étiquette de laquelle elle a été élue à la Knesset aux élections de 2013.
            Elle a la réputation d’être une «dure» qui s’est faite remarquer par ses prises de position parfois excessives, en particulier durant l’opération Bordure protectrice contre Gaza en 2014. Elle avait en particulier préconisé «qu'Israël devrait déclarer la guerre à l'ensemble du peuple palestinien, ce qui inclut leurs personnes âgées et leurs femmes, leurs villes et leurs villages, leurs biens et leurs infrastructures». Elle souhaitait généraliser la politique de démolition des habitations palestiniennes pouvant être utilisées par les terroristes palestiniens : «Derrière chaque terroriste se tiennent des douzaines d'hommes et de femmes, sans qui il ne pourrait pas s'engager sur la voie du terrorisme. Ils sont tous des combattants ennemis et ils devraient mourir. Ceci concerne aussi les mères de ces martyrs qui les envoient à une mort certaine avec leur bénédiction. Elles devraient donc subir le même sort que leurs fils, rien ne serait plus juste. Elles devraient mourir et les maisons dans lesquelles elles ont élevé ces serpents devraient être détruites. Sinon, d'autres petits serpents y seront élevés après».

            Elle ne fait pas dans la dentelle et n’a jamais cherché à moduler ses attaques : «Ce n’est pas une guerre contre la terreur, ni une guerre contre l’extrémisme, ni une guerre contre l’Autorité Palestinienne. La réalité est qu’il s’agit d’une guerre entre deux peuples. Qui est l’ennemi ? Le peuple palestinien. Pourquoi ? Demandez-leur, ils ont commencé». A la formation du gouvernement, elle avait exprimé ses préférences pour trois ministères : affaires étrangères, éducation ou bien sécurité intérieure. Mais selon l’adage que l’on n’attribue pas un ministère en fonction des compétences du ministre, Netanyahou lui avait imposé le ministère de la Justice alors qu’elle est de formation scientifique. Dynamique et ambitieuse, elle avait accepté le défi face à ce qui pouvait s’assimiler à un purgatoire. Le premier ministre avait fait de même avec Yaïr Lapid qui s’était vu attribuer le ministère des finances en toute incompétence.

            Sa place comme laïque auto proclamée au sein d’un parti issu du vieux PNR (parti national religieux), peut sembler une anomalie ou une erreur de casting. Le monde religieux avait émis des réserves contre cette intruse qui faisait tâche dans un milieu d’hommes à kippa, favorables au maintien du clivage entre femmes et hommes. Effectivement sa vie dans les quartiers huppés du nord de Tel-Aviv, réputés de gauche, ne la prédestinait pas à faire partie de l’élite de droite et à construire des liens forts avec les idéaux du monde sioniste religieux. En fait, bien que non orthodoxe, elle avait reçu une éducation juive de sa mère, professeur de Bible, et de son père, juif traditionaliste qui fréquentait la synagogue tous les samedis. Mais c’est en servant dans la division Golani, à la base militaire de Hébron, qu’elle s’est rapprochée des soldats sionistes religieux qui ont renforcé son idéologie.
            Elle était consciente qu’elle devait briser le cercle fermé masculin si elle voulait participer à la création d’un grand parti à la droite de Netanyahou, basé sur la Bible et sur les valeurs juives, ouvert aux Juifs séculiers et traditionnels qui s’identifiaient avec les valeurs de la communauté sioniste religieuse. Elle n’avait eu que ce choix quand le Likoud déviait selon elle vers la gauche alors qu’elle s’était engagée à combattre les actions des organisations d'extrême-gauche. Elle voulait à son image, encourager les femmes à aller travailler et à s’impliquer dans le monde des affaires et dans la vie publique. Elle n’est pas bonne oratrice si on la compare à la fougueuse travailliste Stav Shaffir et encore moins le même tempérament.
Stav Shaffir et Ayelet Shaked

            Mais Ayelet Shaked se trouve à l’étroit au Foyer Juif, trop petit pour ses ambitions, et les rumeurs la voient retourner au Likoud même si elle doit se battre contre les «éléphants».  Les structures bicéphales finissent toujours par exploser. Par ailleurs le parti ne décolle pas malgré l’arrivée de jeunes du high-tech au sommet. L’absence d’un leader naturel au Likoud pour remplacer Netanyahou lui ouvre de nouveaux horizons.  Elle pense qu’elle dispose de plus d’espace dans un parti historique, plus structuré, qu’elle n’a quitté que pour suivre Naftali Bennett, qui n’a pas réussi à porter le Foyer Juif vers les sommets. Les huit députés sionistes religieux ne pèsent pas lourd dans la coalition. Mais le dilemme est tel que si elle quittait le Foyer juif, elle lui donnerait le coup de grâce.
            Son activisme la pousse à préparer une annexion déguisée de la Cisjordanie en y faisant appliquer la loi israélienne, légalisant ainsi l'inégalité entre les citoyens israéliens et les sujets palestiniens. L’opposition craint qu’elle n’institue l'apartheid dans le code juridique du pays avec tous les dommages que subira Israël dans l'arène internationale. Les opposants historiques au retrait, comme les anciens premiers ministres de son bord Menahem Begin et Yitzhak Shamir, ne s'étaient jamais engagés dans cette voie extrême.
          Les affaires judiciaires de Netanyahou sont une opportunité pour une nouvelle gouvernance. La ministre de la justice pourrait alors se préparer à engager le combat pour convaincre. Depuis Golda Meir, aucune femme n’a atteint le poste de premier ministre. Or, sans avoir un soupçon de scrupule, elle prétend être capable de coiffer au poteau le leader de son parti, le ministre de l’éducation Naftali Bennett.
            L’ambition de Shaked est démesurée mais malgré sa popularité au sein des milieux d’extrême-droite, elle devra surmonter de nombreux obstacles avant d’accéder au poste suprême. Mais elle n’avance pas masquée puisque le 6 mars 2017, à l’occasion d’une manifestation pour la Journée internationale de la femme, elle avait ouvertement révélé son intérêt pour le poste.
            Elle se préparait à travers un article dans le journal Hashiloah, «Pathways to Governability». Elle y avait exposé son credo personnel, sa vision cohérente du monde conservateur pour renforcer le caractère juif d'Israël. Il s’agissait d’un document presque académique dont le message paraissait compliqué pour des politiciens de base peu évolués. En qualifiant ce document de «manifeste thatchérien», elle avait déclenché une tempête politique car elle écornait l'idée sioniste historique d'Israël concernant la notion d’État juif et démocratique.
            Shaked est de la nouvelle race des politiques qui savent exploiter la force des réseaux sociaux. Elle y est en permanence présente. Elle voudrait, sans aucun complexe et en l'absence d'une Constitution formelle, que son document serve de boussole morale, éthique et civile pour le pays. Mais pour elle, les notions «d’État juif et d'État démocratique» sont à égalité dans la hiérarchie des valeurs. Elle a évolué au contact des sionistes religieux puisqu’elle a adopté leur concept : «Je crois que nous serons un État plus démocratique, plus nous serons un État juif, et nous serons un État plus juif, plus nous devenons démocratiques».
Shaked-Livni-Bennett

            Cette quarantenaire a une idée pure de la politique en refusant d’emblée les arrangements politiciens tordus. Elle présente deux facettes, celle de femme politique la plus éminente mais aussi celle de femme la plus intrigante. Certains la comparent à Tsipi Livni du temps où celle-ci dirigeait Kadima d’une main de fer. Mais contrairement à Golda Meir et Tsipi Livni, positionnées au centre-gauche, Shaked se situe à l’extrême droite avec deux obstacles à franchir. D’une part, en militant dans un parti nationaliste de droite, elle réduit son espace politique aux membres d’un électorat pur et dur, misogyne de surcroît en ce qui concerne les religieux. D’autre part, il lui sera difficile d’évoluer au sein d’un milieu d’hommes profondément religieux tout en refusant de renier ses convictions laïques.
            Elle sent que Bayit Hayehudi n’a pas percé car sa «clientèl est limitée. Elle sait qu’elle milite dans un parti modeste, qui ne joue pas dans la cour des grands qui ne peut servir que d’appoint à une majorité de droite. Il s’est coupé de son électorat féminin à cause de rabbins comme Yigal Levinstein qui ne cesse d’insulter les femmes soldates. Son parti n’est pas suffisamment fort pour servir de tremplin. Elle a l’expérience du combat politique puisqu’elle était parvenue en tête de la liste Likoud aux élections primaires de 2015. Elle avait même supplanté des candidats masculins de haut niveau, aux états de service militaires élogieux.

            En revanche, la radicalisation de la droite israélienne peut servir ses intérêts. Féministe, elle est surtout très controversée pour sa sémantique anti palestinienne et son idéologie antidémocratique. Son combat contre la Cour suprême, dès sa prise de fonction, avait été interprété comme une volonté de museler les politiques. Elle a peaufiné son image auprès des siens en nommant six juges sur les 15 juges de la Cour suprême, dont deux religieux, et la première femme haredi au Tribunal de Première Instance de Jérusalem. Elle pense ainsi avoir modifier l’équilibre politique et religieux de la Cour.

            Ses chances d’être premier ministre restent cependant faibles parce que les orthodoxes n’arrivent pas à l’adouber et qu’elle n’est pas encore entrée dans le moule de la politique politicienne. Mais il est certain que le prochain premier ministre, s’il est de droite, devra compter avec elle. Ayelet Shaked est une «gamine» de la politique mais elle dispose de temps et d’un grand avenir pour réussir, peut-être, pour devenir la Golda Meir de droite.



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