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mercredi 28 février 2018

Israël compte sur l'avance technologique des F-35 pour contrer les SU-57 russes



ISRAËL COMPTE SUR L’AVANCE TECHNOLOGIQUE DES F-35 POUR CONTRER LES SU-57 RUSSES

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps

            
Sukhoï SU-57

         La question s’est posée sur la capacité des F-35 (baptisés Adir) à intervenir dans le ciel syrien ou libanais. Le nouveau chasseur, reçu à l’état «brut» par Tsahal, n’a pas encore atteint les capacités opérationnelles du F-15 amélioré par les services techniques israéliens, sauf sa furtivité qui lui permet d’échapper aux radars. Les monoplaces et biplaces F-15 sont une véritable machine de guerre, un bimoteur, de la quatrième génération avec des systèmes d’armement éprouvés, les uns connus et les autres secrets.





F15

            Les pilotes israéliens dominent complétement l’usage du F-15 dont la supériorité aérienne est considérée la meilleure de la quatrième génération. Il est grand, rapide, agile, et porte sous ses ailes beaucoup d'armes visibles ce qui le rend dissuasif en mission d’interception des avions ennemis. Les pilotes ont eu le temps de se familiariser avec ce chasseur introduit dans l’armée en 1982, après la première guerre du Liban. Beaucoup de victoires dans le ciel sont à son actif ainsi que de nombreuses missions de longue portée.
            Le F-15 avait été conçu pour des missions d'interception, de combat aérien, de supériorité aérienne et de défense de l'espace aérien national. Mais, au cours des 15 dernières années, l'avion a été adapté pour attaquer des cibles au sol après avoir été équipé de capacités air-sol. Sa portée a été élargie avec une capacité accrue de transporter de grandes quantités de munitions à de longues distances, en volant à haute altitude. Ces transformations ont modifié totalement les spécifications d’origine de l’avion.

            En revanche, le F-15 n’a aucune capacité de furtivité. Mais, selon les professionnels, le F-35 n’a pas les mêmes avantages en combat aérien. Son armement est caché l'intérieur des baies réservées aux bombes, pour optimiser sa furtivité. Mais dans le cadre d’une interception ou d’un combat air-air, le pilote semble gêné par un armement qu’il faut préparer avant son usage. En d’autres termes, pour prendre l’exemple trivial d’un fusil, la balle est déjà dans le canon pour le F-15 tandis que pour le F-35 il faut le préparer avant d'affronter une cible. Mais il est vrai le combat air-air est plus rare. En revanche pour violer un espace aérien ennemi, la furtivité permet d’atteindre des cibles sans être détecté, contrairement au F-15. C’est d’ailleurs ce qui le rend plus efficace de ce point de vue qu’un Rafale français.
Chasseurs russes dans la base de Hmeimim
            Israël est le premier pays étranger à mettre en service actif les avions furtifs, déjà prêts pour des missions réelles de combat. La guerre aérienne avec la Syrie crée une tension qui est poussée à son paroxysme depuis l’arrivée, le 24 février en Syrie, de deux chasseurs SU-57 russes, furtifs de cinquième génération qui portent à quatre le nombre d’avions d’attaque de ce type dans la région. Ils représentent un défi à la fois pour l’aviation israélienne mais aussi pour les Etats-Unis. Cela accroît de manière sensible les capacités des forces aériennes russes en Syrie en plus des avions déjà présents dans la base de Hmeimim, à savoir 4 avions de combat Su-35, 4 avions d'attaque Su-25 et une plate-forme de commandement et de contrôle radar A-50U.
Missile de croisière russe

            Le SU-57 est aussi prévu pour transporter le nouveau missile de croisière X-50, d’où l’inquiétude israélienne. La décision russe de gonfler l’armement en Syrie intervient à la suite des bombardements de l’artillerie américaine et des frappes aériennes qui ont fait des dizaines de morts russes, voire des centaines selon ceratines sources. Des combattants de nationalité russe ont été tués, le 7 février à Deir Ez-Zor, par des forces américaines déployées dans la région. Le général Jeffrey Harrigian, commandant des forces aériennes au Moyen-Orient, avait estimé que la coalition avait agi «en légitime défense».  
            Par ailleurs, les Russes ne pouvaient pas rester passifs après la destruction le 10 février par l’aviation israélienne de quatre centres de commandement iraniens en Syrie. Ils doivent aussi faire face aux F-35 en alignant des avions de cinquième génération. Mais ils prennent délibérément le risque d’une escalade guerrière. Il n’est pas certain que les Russes engagent un combat de front avec Israël mais ils réduisent la liberté d’action des avions de Tsahal.
            Israël a reçu neuf F-35 au sein du 140e Escadron Golden Eagle, commandé par le lieutenant-colonel Yotam. Toute l’année écoulée a servi à l’apprentissage des pilotes pour une formation sur l'avion, ses systèmes, son fonctionnement et sa maintenance. Mais, comme pour tous les autres avions, depuis le Mirage français, Tsahal et les industries militaires apportent leur touche pour le rendre opérationnel selon les normes israéliennes.

            Le logiciel ALIS (Autonomic Logistics Information System), chargé de gérer la chaîne logistique de la maintenance de l’appareil, intègre une large gamme de fonctionnalités, y compris les opérations, la maintenance, l’analyse prédictive, la formation et les données techniques. Un environnement d’information unique et sécurisé. En clair, ALIS, avec ses millions de lignes de code, permet d’optimiser la maintenance des flottes de F-35. Or Israël met en cause la sensibilité de ce programme au risque de cyber-attaques et a donc décidé de déconnecter les F-35 israéliens du système ALIS ce qui risque de les clouer au sol. En effet, ce système informatique a pour rôle de collecter des informations sensibles mais est donc vulnérable.  Depuis mai 2017, Tsahal a mis au banc d’essai son premier avion et a intégré ses propres nouveaux logiciels pour remplacer ALIS.
            Les industries militaires travaillent par ailleurs sur le développement de réservoirs de carburant pour augmenter leur portée globale, tout en réduisant la pression sur le ravitaillement en vol pour lequel Israël a encore des lacunes et manque de ravitailleurs. L’Adir sera aussi capable d'utiliser de l’armement air-air et air-sol spécifique à Israël tandis que certaines informations venues de l’étranger font état de modifications pour contribuer à la dissuasion nucléaire qui reste tacite mais non confirmée.
Shavit

            Israël envisage de compléter la gamme déjà étendue de capteurs et de contre-mesures électroniques avec ses propres systèmes conçus au niveau national, pour accroître son potentiel déjà impressionnant en tant que plate-forme électronique de collecte de renseignements. Tsahal a introduit les techniques pour que l’Adir puisse partager des informations avec les avions d'alerte avancée Eitam et les avions de renseignement électronique Shavit. Pour faire face aux menaces dans la région, l'armée de l'air utilise actuellement deux variantes du Gulfstream G550, soit un modèle de système d'alerte précoce et de contrôle aérien intitulé «Eitam» et une version «Shavit» chargée des tâches de collecte de renseignements et de communications électroniques.
Khorramchahr

            L’avion furtif F-35 entre dans le cadre de l’optimisation de l'arsenal aérien israélien, devant faire face aux développements des capacités offensives de l’Iran qui déploie de surcroît des réseaux de défense de plus en plus efficaces contre d’éventuelles frappes préventives. En septembre 2017, les Iraniens avaient dévoilé leur dernier missile balistique, le Khorramchahr à portée intermédiaire, capable d’atteindre Israël. Mais les responsables israéliens s'inquiètent surtout du potentiel de l’Iran de développer secrètement une arme nucléaire pour équiper ce missile.
            Certes les F-15 son plus maniables pour les pilotes israéliens chevronnés qui détiennent une forte expérience de ces avions. Mais les nouveaux missiles sol-air S-300 de fabrication russe représentent une menace sérieuse pour les avions non-furtifs, d’où l’intérêt du F-35. Les Adir ont la capacité de se déplacer dans un espace aérien hostile, avec une faible probabilité qu'un adversaire les détecte. Ils peuvent survoler des pays dont le ciel leur est interdit, sans avoir à contourner certains chemins.

            Mais pour l’instant, l’aviation israélienne préfère utiliser les F-15 sur de petites distances pour des frappes ponctuelles contre le Hezbollah libanais, allié de l’Iran. En revanche les F-35 pourraient être plus efficaces et plus sécurisés pour des missions lointaines comme celle de 1985 lorsque des avions israéliens ont attaqué les bases de l’OLP en Tunisie, ou celle de 2009 dans la frappe des cargaisons d'armes iraniennes au Soudan, destinées au Hamas.
            Le 140ème escadron de F-35 est prêt pour des missions à longue distance mais il pourrait exceptionnellement intervenir en Syrie lorsque l’environnement de défense aérienne syrien deviendrait de plus en plus efficace avec les missiles russes sol-air S-300 et S-400 et les missiles syriens sol-air SA-5, vieillis mais encore efficaces. Les F-35 offrent une protection accrue aux pilotes israéliens effectuant des missions dans les zones les plus densément défendues de la Syrie, comme autour de Damas.
            Cependant Israël n’envisage pas dans l’immédiat d’utiliser l’Adir pour survoler la Syrie sauf en cas d’urgence extrême. Ce serait prendre des risques inutiles pour les chasseurs furtifs en cours de reconfiguration alors que les F-15 disposent d'armes de sécurité et sont dotés de contre-mesures électroniques avancées à l’abri de la guerre cybernétique. Les défenseurs aériens syriens n'ont pas été capables d'abattre des avions israéliens au cours de plus de quatre années de frappes sporadiques. La distance qui sépare Israël de la Syrie est telle que Tsahal peut mener des frappes à l'aide de roquettes d'artillerie lancées depuis le sol, en toute sécurité ou depuis la frontière libanaise sans affronter les forces russes et la défense syrienne. Même si les F-35 sont mieux protégés contre les défenses aériennes syriennes, il y a toujours la possibilité d'un tir chanceux des missiles syriens ou d’un accident technique.
Lieutenant-colonel Yotam

            Tsahal doit être sûr de toutes ses capacités techniques. Les retombées pratiques et politiques d'une chute d’un F-35 en Syrie seraient incalculables, non seulement pour Israël, mais pour les États-Unis. D’ailleurs, l'US Air Force n’a pas encore engagé ses F-35 dans des opérations de combat mais dans des opérations de renseignement. Le lieutenant-colonel Yotam est réaliste : «Nous n'avons pas encore terminé notre connaissance de l'appareil. Nous avons encore des tests, le développement de doctrines de combat et un apprentissage approfondi. Nous n'avons pas cessé d'apprendre à penser et à développer après avoir été déclarés opérationnels». Il est probable que l’Adir restera réservé pour attaquer des cibles à longue portée, défendues par un système avancé de défense aérienne intégrée.



4 commentaires:

Ibrahim a dit…

Les rumeurs disent que ce serait les Russes qui auraient abattu le F-16 avec un S-200, histoire de montrer les lignes rouges à Tsahal. Si un vieux S-200 peut faire l'affaire, j'ose imaginer les S-400.

Unknown a dit…

Ibrahim le fait de declencher peu de temps apres la chute du F16, une tres importante attaque utilisant 30 avions, pour aller detruire 12 cibles Syriennes et Iraniennes dont 4 batteries de missiles parmi les plus sophistiqees,n'est il pas une reponse a la question que vous vous posez?

Avraham NATAF a dit…

Si la Russie a commence a aider la Syrie et d'autres a abattre un F-15 au dessus du territoire exigu israélien, d'autres soutiens pourraient suivre.L'avion furtif échappe a la vigilance des radars, mais peut-être pas a l’œil des satellites en orbite.

Mohamed a dit…

Israel n'a pas choisi le F35, cet échec volant leur a été imposé. le F16 qui a assuré la suprématie aérienne depuis 3 décennies est maintenant obsolète. Forcé de constaté que si et en attendant que le F35 devienne opérationnel un jour.. Tsahal ne fait pas le choix d'un autre Chasseur omnirôle ou pas l'aviation va subir de grave revers en opération.