Après l’affichage du premier article, le chargement des articles suivants nécessite environ une minute d’attente.

ARTICLES LES PLUS LUS SUR LE SITE DEPUIS JUIN 2010 - LE BEST DU BEST OF - CLIQUER UNE IMAGE POUR LIRE OU ARRÊTER LE DEROULEMENT


 

mercredi 17 janvier 2018

L'Iran en ébullition par Dov ZERAH



L’IRAN EN ÉBULLITION

Le point économique de Dov ZERAH


Manifestation 2017
           
         Contre toute attente et prévision, l’Iran a connu autour du nouvel an une incroyable flambée de violences. Ce grand pays de 1.648.195 km² avec une histoire multi millénaire a connu six jours d’importantes manifestations populaires contre la vie chère ; l’augmentation des prix de certains produits concomitamment à la suppression d’aides aux familles les plus démunies ont été les phénomènes déclencheurs des protestations. Certains ont qualifié ce mouvement de «révolte des va nu pieds».



Révolution 1979

            Déjà en 1979, l’Iran s’était distingué en procédant à la première révolution urbaine. Dans l’histoire de l’humanité, aucune révolution ne s’est déroulée selon un schéma identique, et encore moins selon le schéma marxiste. La révolution française de 1789 symbolise une révolte de la bourgeoisie qui ne voulait plus payer pour les aristocrates, une prise de pouvoir des créateurs de valeurs. La révolution russe de 1917 constitue l’occupation des lieux de pouvoir et du Kremlin par 3 000 personnes déterminées et profitant de la déliquescence du pourvoir. La révolution chinoise se caractérise par la longue marche à travers l’Empire du milieu et à la mobilisation de plus en plus importante des populations, principalement rurales.

Urbanisation en Chine
            Les conditions de l’urbanisation de nos sociétés constituent des terreaux révolutionnaires.
            L’urbanisation a longtemps été perçue comme un phénomène positif, comme un des indicateurs du développement économique ; la croissance économique était indissociable de l’urbanisation. Les populations quittaient les campagnes et la pauvreté rurale, en étant attirées par les perspectives d’emploi qu’offraient les villes. L’urbanisation s’est développée sous le double effet du machinisme agricole qui a incité à l’exode rural, et de la révolution industrielle qui avait besoin de main d’œuvre. Même si ce système est toujours valable dans certains pays comme la Chine, l’urbanisation prit une autre évolution à partir des années quatre-vingts.
            Dans les pays occidentaux, la fermeture de certaines usines a entrainé un chômage croissant, voire persistant, qui a ralenti l’exode rural, et créé des difficultés importantes dans certaines villes, ou banlieues. L’urbanisation est devenue source de tensions ou de disparités.
            La croissance urbaine des pays en développement doit peu à l’industrialisation. L’exode rural qui nourrit aujourd’hui la croissance urbaine dans les pays en développement est une conséquence de l’affaiblissement plutôt que de la modernisation des campagnes. Attirés par les lumières de la ville, les ruraux arrivent dans les villes, sans aucune perspective d’emploi, s’entassent dans des bidonvilles à la périphérie des centres urbains, passent des heures, chaque jour, à rejoindre le centre-ville et à être au contact d’un mode de vie auquel ils n’auront pas accès.
Bidonville en Iran

            Sans perspective, sans espoir, ces urbains peuvent en arriver à se révolter contre le pouvoir. Ce fut le cas en 1979 en Iran, en Tunisie en 2010 ou aujourd’hui, en Egypte en 2011…
            En Iran, la problématique va s’exacerber :
- Alors que les villes iraniennes regroupaient 10% de la population en 1900, elles en accueillent aujourd’hui les trois-quarts
- La population urbaine a une croissance annuelle de près de 2%.
            Avec la prise du pouvoir en 1979 par l’imam Khomeiny, les Iraniens ont ouvert la boite de Pandore de l’islamisme radical. En finançant et soutenant de nombreux mouvements radicaux, voire terroristes, ils ont déstabilisé la région, accentué l’opposition entre chiites et sunnites et réveillé le wahhabisme. Pour les mollahs, c’est un devoir d’exporter la religion islamique, obligation inscrite dans l’article 11 de la constitution. Or, les déshérités ont de plus en plus de difficultés à accepter des sacrifices alors qu’une partie des ressources du pays est distraite pour soutenir les guerres en Syrie, au Yémen ou des mouvements terroristes comme le Hezbollah, ainsi que pour armer des groupes comme les Talibans afghans.
            La remise en cause de l’accord nucléaire par le président Donald Trump contrarie les perspectives de développement économique du pays et exacerbe les déceptions des démunis qui n’entrevoient plus de perspectives d’amélioration de leurs conditions de vie. Dans la contestation du régime, ils ont pris le relais des étudiants qui étaient le fer de lance, notamment en 1999, du refus de la fraude électorale, de la corruption et de l’accaparement de la rente pétrolière par une minorité de privilégiés, les Khodi.
Khodi en Iran

            La dictature théocratique semble vulnérable par ce mouvement des «sans culottes», alors qu’elle remporte des succès en Irak, en Syrie et au Yémen. La continuité géographique de son influence sur un axe Téhéran-Bagdad-Damas-Beyrouth, sa population de près de 85 millions d’habitants, ses ressources naturelles et financières inquiètent le monde sunnite et accroit les risques de guerre au Proche-Orient. Le souvenir de la guerre contre l’Irak et ses centaines de milliers de morts et de blessés est toujours présent dans la mémoire du peuple qui aspire à la paix et à la satisfaction de ses besoins.

            Ces aspirations vont s’accroître avec la transition démographique que connait le pays ; en quarante ans, le nombre d’enfants par femme en âge de procréer a baissé de 5 à moins de 2 aujourd’hui. Obtenue grâce une efficace régulation des naissances, la baisse du taux de fécondité a souvent coïncidé avec des demandes spécifiques des populations. Or, le régime ne peut seulement y répondre par la seule force ; la répression ne suscite pas l’adhésion et alimente les ressentiments, surtout dans un pays ancien comme la Perse avec une population éduquée.

1 commentaire:

Marianne ARNAUD a dit…

Sur le "Printemps iranien" on se reportera avec intérêt à l'analyse qu'en fait Claude El Khal correpondant de : Le Media en Iran.

https://www.youtube.com/channel/UCT67YOMntJxfRnO_9bXDpvw