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jeudi 25 janvier 2018

France/Israël par Claude MEILLET



FRANCE/ISRAËL

L'opinion de Claude MEILLET

            

          Sous les exclamations horrifiées de ses deux amis, Jonathan s’aventura jusqu’à prétendre qu’hormis la différence éminemment non négligeable de dimension, la France et Israël étaient éminemment comparables. Bien entendu, autant l’Israélien que le Français, que Jonathan taxait par ailleurs de chauvinisme suraigu et contradictoire, se rejoignirent pour abjurer que cette comparaison ne tenait pas une seconde debout. L’un la jugeant débilitante pour la France, l’autre carrément dégradante pour Israël.




            Face à ce phénomène de relativisme très restreint, il leur proposa de porter, chacun, un jugement sur l’autre. Charge aussi à chacun de contester le point de vue de l’autre. Le tirage au sort donna pour commencer l’exercice, la parole à l’Israélien.
            Le ton fut définitif dès le démarrage. La France, au regard d’Israël ? Un pays vieux, peureux, surclassé, envahi, hors-jeu. Vieux par sa démographie, quoi qu’il en dise, usé par son histoire et prisonnier de ses très anciennes gloires. Peureux pour ne pas dire plus par humanité, car conditionné par ses défaites successives. Surclassé parce que toujours héritier illégitime internationalement d’une position depuis longtemps évanouie de grande puissance mondiale. Hors-jeu car orphelin de ses capacités industrielles et engoncé dans sa détresse financière, Enfin, envahi car condamné à court terme à devenir la première république islamiste.
            Les bras jetés au ciel, l’ami français se récria : «Caricature tronquée. Univoque». Il alla jusqu’à inviter sournoisement son opposant à actualiser sa lecture de France. Qui est beaucoup plus jeune qu’il imagine. Avec une pyramide d’âges modèle. Beaucoup moins recroquevillée que la morgue israélienne le prétend, dans la vie de terrain d’une part et en politique depuis l’avènement d’un nouveau et jeune président. Non pas surclassé car nouvel «homme fort» d’Europe et acteur du monde. Non pas hors-jeu mais au contraire en plein jeux de des mutations économiques et techniques. Menacé d’islamisation, beaucoup moins que ne le risque, apparemment, Israël, et en tout cas en mesure de contrôler et d’optimiser l’apport des citoyens musulmans à la société française.
Kibboutz


            En dépit des soupirs, des yeux écarquillés, des exclamations rentrées de l’ami israélien, le champion de la France, se livra à son tour à sa description décapante d’Israël. En perte de foi et de loi. La foi du sionisme initial, de solidarité, de partage, s’est évanouie, remplacée par celle de l’individualisme et du bonheur matérialiste. La loi du marché, du capitalisme ordinaire, a remplacé la loi morale, issue de la combinaison du socialisme et du judaïsme, provoquant l’écart grandissant entre riches et pauvres, favorisant la pleine éclosion de la corruption. En pleine dérive. Dérive liée à son enlisement dans un conflit israélo-palestinien qui l’enferre dans un comportement d’occupant et lui fait perdre son âme. Dérive provoquée par l’envahissement de sa vie politique et le grignotage de sa vie publique par la religion. Dérive accentuée par la croissance d’un nationalisme, conduisant à l’ostracisme des minorités et aux marges du racisme.
            «N’en jette plus», s’interposa, outré, l’ami israélien. Voilà bien la caricature d’Israël par la France, telle qu’elle remplace la naguère caricature du Juif. La foi liant le pays à ses citoyens est bien plus fort et intime qu’elle ne l’est entre la France et les Français. L’armée israélienne, si décriée et pourtant si remarquable, en est le foyer et le garant. La loi est tout simplement celle d’une vraie démocratie, toute isolée qu’elle soit dans l’environnement régional. Le capitalisme israélien a servi de socle à une dynamique économique, technologique, scientifique, culturelle, que tous les pays du monde envient. Les nombreuses et peu connues collaborations de terrain entre Palestiniens et Israéliens, témoignent bien de l’esprit d’ouverture et non de racisme de la société israélienne. Comme en témoigne le niveau de vie des minorités arabes d’Israël, bien supérieur à celui des populations des pays arabes environnants…
            «Démonstration parfaite» s’empressa de déclarer Jonathan, royal dans sa position d’au-dessus la mêlée.
            Une tartine de préjugés messieurs, qui recouvre un substrat d’ignorance, pour commencer. Il suffit que chacun énumère sur l’autre le flot de préjugés classiques pour que l’autre déclenche la rectification des faits. Le blanc contre le noir. L’aveuglement de l’idéologie qui se substitue à l’objectivité d’observation, ensuite. Je viens d’entendre deux exposés de deux visions convenues, auxquelles ont répondues, deux litanies de deux argumentaires bateau.  Encore une mayonnaise de blanc et de noir.
            Ce double excès conforte bien cette remarque qui vous a tant fait réagir. Outre avoir toutes deux proposé au monde deux visions de société, Israël comme la France ne sont ni blanches ni noires, mais blanches et noires.



2 commentaires:

Philippe BLIAH a dit…

N'empeche que depuis la trahison de De Gaulle, accentuée par tous ses successeurs sans rémission sous le masque diplomatique, les visions opposées des deux pays ont mené progressivement sans le dire à un quasi divorce, les communautés etant réduites aux caquets.
Heureusement il reste quelques corps de la société civile française avec lesquels il existe encore amitié et compréhension : l'armée, la police... et les pompiers.

Marianne ARNAUD a dit…

Est-ce la première fois que monsieur Meillet s'interpose ainsi entre Jonathan et le lecteur ? C'est bien possible ! Quoiqu'il en soit lorsqu'il conclut à la fin : "Israël comme la France ne sont ni blanches ni noires, mais blanches et noires", que dit-il d'autre que Jonathan qui, dès le début, prétendait que La France et Israël étaient "éminemment comparables" ?