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jeudi 14 décembre 2017

Communion par Claude MEILLET



COMMUNION

L'opinion de Claude MEILLET

            

         «Rattrape-toi » lui dirent-ils. Ses habituels deux compères lui avaient tendu une embuscade, traîtreusement bien méditée. Comment, lui, le pourfendeur du danger d’asservissement de l’individu au diktat de la masse, pouvait rejeter la grandeur affective, morale, de l’impressionnante communion d’une France pour une fois unanime, aux obsèques du chanteur fétiche, Johnny Halliday ?




Communion laïque

            «On t’écoute». Devant leur air provocateur de Fouquier-Tinville, prêts à faire fonctionner la guillotine, Jonathan, un temps prit de court, décida de jouer le jeu. D’autant plus que l’avalanche de témoignages, de reportages, d’interviews, déclenchée par la mort du chanteur, lui avait révélé une personnalité vraie, simple, artiste, distanciée, rigoureuse, forte, courageuse, justifiant la dimension mythique qu’elle avait prise.
            «Bien, messieurs, tout le plaisir sera pour moi». Par souci de clarté et de décence, lança-t-il, matois, je ne vous ferai pas l’injure de rendre nécessaire d’éliminer toute référence religieuse à la communion évoquée. Nous parlons de mise en commun, de partage. Et, au risque de vous surprendre, je reconnais que cette communion-là, peut, en de nombreuses circonstances, combler chez un individu, le besoin de partager avec tous. Et pour encore mieux vous satisfaire, je prendrai tous mes exemples ici, ici-même.
            Le sionisme. La communauté dans l’idéal a généré la communion dans le projet.  Une communion qui a effectivement permis de mener et de réussir tous les combats a priori impossibles. L’assainissement des marécages, la transformation d’un pays de sable en pays de bois et de culture, la résurgence et la pratique d’une langue ancestrale, le surgissement d’un maillage de villages et de villes, la structuration et la mise en œuvre d’une démocratie, le développement des systèmes de santé, d’éducation. Et de payer le prix du sang pour solidifier l’existence d’un pays neuf.

            Le patriotisme. Comment l’engagement humain de chacun renforce la communion nationale. Bien entendu, marcher au pas n’est pas, surtout en Israël, ce qui fait de chaque soldat un rouage d’un tout militaire. Il est acteur à risque, d’une machinerie qui exige au contraire la lucidité personnelle. Mais plus largement, le Jour de l’Indépendance, le Jour du souvenir de la Shoah, le Jour du souvenir des soldats morts scandent la participation individuelle à une commémoration de la nation. Et tous, qui s’immobilisent quand sonnent la sirène du matin et celle du soir, se retrouvent, tous, dans un même partage d’une pensée commune.
            La lutte. Là encore, bien entendu, cette marche pour la paix, qui a rassemblé sur les routes des femmes israéliennes, Arabes israéliennes, Palestiniennes, défendant sous le drapeau de Women for Peace, la sortie du temps du conflit imbécile qui prend des allures de guerre de cent ans, n’est en rien le signe d’un asservissement. Il est celui du contraire. La communion n’est pas là démission mais mobilisation. Ce qui est le cas, au risque de vous choquer à mon tour, leur dit-il, du rassemblement de ces anonymes qui ensemble, créent une foule significative de refus de la gangrène de la corruption politique.
            «Tout ça m’a l’air d’un joli retournement de veste» persifla un de ses deux examinateurs. Pour leur clouer le bec, Jonathan leur asséna qu’il n’est pas loin du Capitole à la roche Tarpéienne.  La frontière entre asservissement et communion n’est pas aussi précise qu’ils pourraient, tous deux, le penser. Elle ressemble fort d’ailleurs à cette fameuse ligne verte qui en fait passer de toutes les couleurs aux diplomates de tout bord.

            Le sionisme, à tout seigneur tout honneur. Dans son expression la plus militante, il a été jusqu’à ôter les enfants à leur famille pour une prise en charge collective de leur éducation. Avec en résultat, quantité de perturbations de vies individuelles difficiles à effacer. La religion, pour y revenir, peut être la chose la plus positive au plan individuel, mais aussi la plus désastreuse au plan d’une masse de croyants. Les exemples nationaux ou régionaux abondent suffisamment pour ne pas développer.
            Le patriotisme, cité plus avant, aussi noble qu’il soit quant il élève les citoyens, peut devenir le pire des fléaux quand il devient source d’un nationalisme obtus, ou pire encore d’un racisme mobilisateur de masses. Je vous épargne les citations d’exemples trop nombreux. Les embrigadements aveugles de militants pour des causes indéfendables sont également trop nombreux ici, dans ce pays pour que j’y insiste trop.

            Jonathan tenta de porter l’estocade finale. En fait, c’est toujours l’homme qui doit décider. Soit se noyer dans la masse, soit choisir librement d’apporter sa pierre. Paraphrasant la formule churchillienne, il lança, glorieusement, «Vous avez voulu m’emprisonner au prix de la caricature, vous constatez ma libération et vous êtes caricaturés». Pour constater que ses deux amis se congratulaient respectivement, joyeusement et bruyamment, de l’avoir poussé dans ses derniers retranchements.

1 commentaire:

Marianne ARNAUD a dit…

Il n'aurait fallu qu'un tout petit peu plus d'audace à Jonathan, et il aurait pu faire remarquer à ses interlocuteurs que l'histoire est un éternel recommencement.
Il aurait pu expliquer que les sionistes étaient, en quelque sorte, comme le pendant de ceux qu'on allait appeler les Pieds-Noirs, qui avaient jadis assaini la plaine de la Mitidja.
Mais sans doute que les Fouquier-Tinville n'auraient pas apprécié.