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lundi 16 octobre 2017

Pitié pour nos paysans par Marianne ARNAUD




PITIÉ POUR NOS PAYSANS

Par Marianne ARNAUD

            
Marie Le Guelvout dans la ferme bretonne où son frère Jean-Pierre s'est suicidé

         Le président Macron vient de déclarer : «Les agriculteurs doivent pouvoir vivre de leur travail». Monsieur le Président est trop bon ! Et le voilà qui annonce des ordonnances pour l'an prochain. Mais qui sont-ils ces paysans dont on n'entend jamais parler, ni dans les journaux, ni sur les ondes ? Ce sont ces hommes, durs au labeur, qui ont fait notre France, façonné ses paysages, planté ses vignes et ses vergers, cultivé le blé de notre pain, et élevé les animaux de la ferme. Ils ont nourri notre peuple depuis la nuit des temps et ils l'ont défendu pendant les guerres.



            Sans remonter au Moyen-Âge, les Français savent-ils que la moitié des hommes mobilisés pour la Première Guerre mondiale étaient de jeunes paysans ou ouvriers agricoles ? Eux, ne sont pas partis «la fleur au fusil» ! Sept cent mille d'entre eux furent tués. Cinq cent mille blessés plus ou moins gravement. Maurice Genevoix, Roland Dorgelès, Louis Pergaud et d'autres en ont parlé, mais qui les lit encore ?
            Et puis ils sont revenus de la guerre, ils ont repris leur place dans leur famille. Et leurs femmes, qui pendant quatre ans avaient travaillé aux champs, sont rentrées à la maison pour élever leurs fils. Ceux-là même qui repartiront à la guerre vingt ans plus tard. Et après la Seconde Guerre mondiale, il ne sera pas rare que le nom des fils morts ne s'ajoute aux noms des pères, des oncles ou des cousins, sur les Monuments aux Morts de nos villages.
Le gai laboureur

            Mais nous enfants de l'après-guerre, nous avions appris à les aimer, ces paysans. Nous lisions «La Mare au Diable», «Colline», nous jouions «Le Gai Laboureur» au piano, nous écoutions «Le Credo du Paysan», pendant que s'accomplissait enfin la modernisation de la classe paysanne. Plan Marshall, Traité de Rome, remembrement, mécanisation, tout concourt pour donner à la France cette autosuffisance alimentaire qu'elle atteindra dans les années 1970.
          Cependant en cinquante ans la France a perdu trois millions d'agriculteurs. On ne les appelle plus «paysans». Ils étaient quatre millions en 1963, ils sont moins de neuf cent mille aujourd'hui. En 2002 notre agriculture affichait encore un excédent commercial de 9 milliards d'euros. Comment expliquer qu'à partir de 2016, la balance commerciale agricole «s'enfonce dans le déficit» ?

Thierry Pouch

            «L'agriculture aujourd'hui est au carrefour de crises économiques, de crises de marchés, de crises sanitaires, de crises environnementales», résume Thierry Pouch, responsable du service économie et prospective de l'Assemblée permanente des chambres d'agriculture. La reconduction de l'embargo russe sur les produits agricoles, imposé par l'UE, le Brexit et les mauvaises conditions météorologiques ont fait le reste.
            Le 7 octobre 2016, l'association «Solidarité Paysans» qui intervient auprès des agriculteurs en difficulté, publiait le communiqué de presse suivant : «Sur la période 2010-2011, Santé publique France observe 296 morts par suicide d'agricultrices et d'agriculteurs en France métropolitaine, qui s'ajoutent aux 485 de 2007-2009, soit un total de 781 suicides recensés officiellement en 5 ans...»
 Hommage aux agriculteurs suicidés à Sainte-Anne-d'Auray

            Le dimanche 8 octobre 2017, se tenait au sanctuaire de Sainte-Anne-d'Auray dans le Morbihan, la troisième édition de la journée commémorative rendant hommage aux centaines d'agriculteurs qui se suicident chaque année en France, nous apprenait Le Figaro du 9 octobre en page 13. Les causes de ces suicides sont multiples : les agriculteurs souffrent du manque de reconnaissance. «Ils estiment être les boucs émissaires d'une société qui ne les verrait que par le prisme de la pollution ou du bien-être animal. Ils sont sujets à des controverses nationales et ne savent pas comment réagir» commente François Purseigle professeur à l'École nationale supérieure agronomique de Toulouse. S'y ajoutent, le sentiment d'isolement, l'augmentation des charges, la baisse des revenus, la mise en place de nouvelles contraintes administratives et environnementales.


            Le président Macron, lui, est déjà passé à autre chose. Aujourd'hui, il recevait monsieur Gattaz qui va très bien, merci !

1 commentaire:

Georges KABI a dit…

Cette crise agricole est partagee par de nombreux pays dans le monde. Ainsi l'evage du porc, fleuron de l'agriculture francaise, a quasiment disparu au profit de l'elevage allemand, pays sans veritable tradition agricole.
Le cheptel bovin le plus grand du monde se trouve en....Chine! Il y a 20 ans, aucun Chinois ne connaissais ni le beurre, ni le lait, ni le fromage. Ils ne connaissaient pas non plus le cholesterol.
Les Chinois sont devenus l'un des principaux producteurs agricoles dans le monde alors que le territoire chinois etait parcele en myriade d'exploitations.
Les Chinois ont achete toute une serie d'industries alimentaires de par le monde. Ces industries ne resteront pas dans les pays fondateurs, mais tot ou tard, seront delocalisees en Chine, provoquant des crises agro-alimentaires encore plus importants qu'aujourd'hui,
On citait la reussite agricole d'Israel. Son agriculture est aujourd'hui moribonde et il est possible que d'ici moins de 5 ans elle disparaitra totalement. La plus grande entreprise agricole a ete achetee par la...Chine et sa delocalisation ne saurait tarder.
Si la France continue son petit jeu de reglementations tatatillonnes et ses peurs d'une importance de main d'oeuvre a bas prix (qui a fait la richesse agricole de l'Espagne), alors l'agriculture francaise sera reduite a de petite niches faaisant vivre quelques dizaines de miliers de pays (et je suis optimiste).