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jeudi 8 juin 2017

Chamboulement par Claude MEILLET



CHAMBOULEMENT

L'opinion de Claude MEILLET

            

          Fabius avait raison. Pour une fois, se dit méchamment Jonathan. En entendant le, maintenant, président du Conseil Constitutionnel saluer sous les ors de l’Elysée le nouveau président de la République, Emmanuel Macron, comme l’artisan du chamboulement de l’univers politique français, il constatait qu’il mettait effectivement le doigt sur la grande caractéristique d’un avènement si soudain. «Le changement, c’est vraiment maintenant» se murmura-t-il à lui-même.




            Bien entendu, le phénomène ne se restreint pas à l’actualité hexagonale. «Faut qu’ça change» avait chanté de façon prémonitoire, Boris Vian. Le monde contemporain, dans sa globalité, interprète négativement son injonction.  L’Amérique dite profonde vient de propulser à sa tête, si on peut utiliser ce mot pour le nouvel arrivant, un chef de l’État, à sa manière, révolutionnaire. Qui veut effacer la légation de la présidence précédente. Installer en contre-pied une vision introvertie des États-Unis. Qui, sous le couvert de la revendication «America, Great Again», dit au reste du monde que la charité bien ordonnée commence par soi-même. Laissant la place libre à une Chine redevenue grande puissance. Habile à reprendre et brandir le bâton de la mondialisation responsable. Un autre président, Erdogan, transforme en une dizaine d’années, une Turquie libérale, laïque, vue jusqu’ici comme le pont idéal entre l’Europe occidentale et les pays du Moyen-Orient, en un pays radicalisé, religieux, autoritaire.
            «Nos amis britanniques», comme s’efforcent de le dire la communauté des États européens, en dépit des vicissitudes que leur font subir les exigences anglaises multiples et variées, franchissent finalement le pas. Ils redeviennent île virtuelle autant que naturelle. Plus fondamentalement, si on peut utiliser ici cet adjectif, l’islamisme devient pour presque toute la planète, source de menace, de plus en plus guerrière. La dissémination et les horreurs du terrorisme, ajoutés à la dissémination et aux horreurs des conflits régionaux, confèrent à une religion classique, l’islam, une puissance de nuisance qui la rendent intrinsèquement suspecte. Cerise sur un gâteau déjà bien fourni, le risque abondamment annoncé du changement climatique et écologiste, plane avec obstination au-dessus des têtes des prochaine générations.

            De façon plus positive, à première vue, l’actualité française prend à la lettre l’impératif énoncé par Boris Vian. En quelques semaines seulement, le château de cartes du monde politique est en train de s’effondrer. La menace d’une prise du pouvoir par un parti extrémiste, il y a peu apparemment très vraisemblable, est renvoyée à un futur très hypothétique. Les grands partis politiques classiques, de gauche comme de droite, apparemment solidement enracinés dans la tradition historique française, découvrent avec une égale stupeur que la découverte exprimée jadis par Paul Valéry, «les civilisations sont mortelles», s’applique avec une rigueur et une vigueur instantanées à leur propre réalité.

            Que leur existence, fondée jusqu’ici sur les ajustements d’appareils, les équilibres de courants, les prédominances de castes et de personnes, les prédominances alternatives d’écuries, la défense de privilèges aussi, tenait de plus en plus d’un phénomène de sustentation au-dessus de la société réelle et de moins en moins d’une relation directe avec la vie des gens, avec le tissu concret de la vie commune. Tout ne sera vraisemblablement pas jeté aux oubliettes, mais une nouvelle donne permettra peut-être de reconstruire un nouveau château de cartes. Où la parité, la vie civile, la modernisation, le contrôle et le renouvellement permanents, l’esprit d’ouverture et d’aventure, généreront de nouvelles règles du jeu.
            En fait, tout bouge, tout le temps, se dit Jonathan. L’illusion du «il n’y a pas de raison que ça change» n’a jamais duré bien longtemps. Et par exemple, les dirigeants des deux côtés de cette coexistence chahutée mais persistante entre Palestiniens et Israéliens, feraient finalement bien de s’inspirer eux aussi de la formule de Boris Vian. «Faut qu’ça change».  Sous risque de passer, plus soudainement que prévu, du chahut au chamboulement.

            La tempérance naturelle de Jonathan le fit revenir à cette suite de chamboulements qu’un ami bien intentionné lui avait rappelé récemment, «Pour Jésus tout est amour, pour Marx tout est argent, pour Freud tout est sexe, et pour Einstein tout est relatif».

1 commentaire:

Véronique Allouche a dit…

....et la Terre continue de tourner autour du soleil....
"Quand Les hommes vivront d'amour " .....nous y sommes puisque nous avons élu l'homme providentiel qui devrait changer, d'après le rêve éveillé de Jonathan, jusqu'à notre civilisation, si terne et dépravée avant Lui, notre Sauveur. Lui, en qui nous sommes sommés de croire en un monde nouveau en oubliant que ces vieux partis ringards dont vous nous faites part sont toujours bien vivants en s'installant confortablement dans la maison du nouveau messie.
Le Culte de la personnalité est "en marche". Lourd à porter pour le nouveau prophète des temps modernes.
Mais heureusement, Einstein se rappelle à la raison de Jonathan.... puisque tout est relatif .... et qu'il en a conscience. C'est l'essentiel.
Bien cordialement