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vendredi 5 mai 2017

Tromperie par Claude MEILLET



TROMPERIE

L'opinion de Claude MEILLET


               
L'arracheur de dents
          Il regardait dans la glace, au fond de l’ascenseur qui l’emportait vers son appartement, un visage carrément déformé. Le sien. La magnifique chique qui gonflait tout le côté gauche démentait l’assomption de son dentiste, «Tu verras, c’est maintenant presqu’une partie de plaisir».  Voilà bien la preuve d’exactitude d’un dicton célèbre, se dit-il, «mentir comme un arracheur de dents».



            Le dopage auquel Jonathan procéda pour calmer la douleur eut aussi pour résultat de faire vagabonder des pensées floues. Lui revint en mémoire un article rigolo d’un journaliste québécois qui dissertait sur «la menterie de bonne foi». Les deux termes l’avaient, à l’époque, réjouit. La première corrélation qu’il établit avec cette expression fut celle du célèbre «À l’insu de mon plein gré» d’un non moins célèbre sportif français. Mais très vite sa divagation mentale l’entraîna sur le terrain du politique. L’influence souterraine sans doute de l’omniprésence médiatique du combat du second tour de l’élection présidentielle française.
            C’est dans cette catégorie qu’on pourrait, généreusement, classer l’argumentaire savant d’un professeur d’économie, apparemment reconnu, qui dans une récente émission télévisée, défendit mordicus que la sortie de l’Europe n’aurait que des conséquences positives pour l’économie française. Jonathan se demanda tout de même si les vingt cinq grands économistes, dont deux prix Nobel, qui avaient attesté du contraire, ne l’auraient pas placé dans une catégorie moins positive.
Jean Tirole, prix nobel 2014

            On voit aussi, se dit-il, des modes plus subtiles. On pourrait nommer ça «l’auto-menterie».  Celle de ce candidat malheureux du premier tour. Malheureux car battu, mais aussi malheureux d’être battu. Car s’étant persuadé que le personnage contestataire, tribun, passant de l’agressif au bon-enfant, lyrique, visionnaire, onirique, qu’il avait passé de nombreuses années à construire, était lui. Il avait fini par croire à sa création. Sauf que le mensonge fait à soi-même, le conduisait dans sa recommandation de vote du deuxième tour, par souci de coller à son personnage, à ne pas s’opposer clairement au choix d’une solution extrême contraire à la sienne. La tromperie devenait réelle vis-à-vis de ses électeurs.
            La revue continua dans son nuage de réflexion. Il y avait la vraie menterie. Qui relève, sans vergogne, de ce que Paul Léautaud appelait «la charlatanerie du moraliste». Cet autre candidat battu du premier tour, altier, entier, noble, intransigeant pourfendeur des meurs et coutumes des dirigeants politiques, gauche ou droite, noir ou rouge, extrêmes ou centre, chevalier de la rigueur et de la vérité nouvelle. Qui, finalement se rend à Canossa. Met ses armes à la disposition de l’ennemie qu’il avait auparavant, abondement vilipendée. S’efforçant de couvrir, tant bien que mal, une reddition morale sous le couvert de la vertu.
            À tout seigneur, tout honneur. Il lui semblait bien que, dans ce paysage si riche en nuances, la couronne revenait, indéniablement, à la seconde vainqueur du premier tour. Championne incontestée, par l’exercice professionnalisé de «la menterie délibérée».  Tromperie méthodiquement stratifiée. En commençant par le lustrage d’un blason politique passablement cabossé en enfouissant aux arrières gardes l’affichage d’un historique et d’un héritage politico-familial compromettant. Suivi par l’édification patiente, obstinée, d’un paravent de principes éthiques soigneusement sélectionnés pour contrebalancer les effets d’une réputation a priori sulfureuse. Consolidé par l’élaboration d’un programme économique et social Canada Dry. Ayant toues les apparences d’un programme à fort partis-pris mais de structuration classique. Programme explicitant en fait, une vision close, isolationniste, discriminante, et traduisant l’application de principes d’arrière-plan, ségrégationnistes, autoritaristes.
            Pour parachever son balayage, Jonathan se remémora soudain le cadeau que lui offrait l’exemple personnalisé de ce candidat embourbé dans une série de menteries de basse extraction. Et de cette candidate exploitant pour elle-même et son parti les ressources d’une institution qu’elle bannit par ailleurs, refusant par ailleurs de respecter une justice qu’elle aurait pour mission de représenter dans la fonction qu’elle revendique d’assumer.
            La Rochefoucauld fit, à l’improviste, une irruption dans sa rêverie : «Il est plus aisé d’être sage pour les autres que d’être sage pour soi-même».  En même temps que le souvenir de cette étude montrant que la propension au mensonge est liée à l’état moral d’un pays. La France a probablement les politiques qu’elle mérite en conclut Jonathan. L’effort à venir est pour tout le monde. Et, du coup, il en vint à accepter d’accorder à son copain dentiste le pardon de ma menterie involontaire.


1 commentaire:

Véronique Allouche a dit…

Et que dit Jonathan de l'artiste pâlot que l'on retrouve aujourd'hui en haut de l'affiche ? Que pense-t-il de cette visite au Mémorial de la Shoah bien opportune pour différencier le bien du mal, Le Mal étant personnifié par sa concurrente qu'il accuse d'allégeance au nazisme d'hier en taisant du mieux qu'il le peut l'antisémitisme ambiant d' aujourd'hui qui n'est pas le bruit des bottes mais l'islamisme radical.
Dans le même registre, l'artiste tout en recueillement rendant hommage à Brahim Bourram, jeté dans la Seine Le 1er Mai 1995 par des extrémistes du FN. Bien sûr nul ne lui tiendra rancune de ce geste hautement symbolique en cette période électorale. La concurrence est rude.....
Mais beaucoup plus près de nous dans le temps, ces attentats immondes que nous avons vécus n'auraient-ils pas mérité eux aussi, eux surtout, un hommage appuyé ?
Mais Jonathan, alimenté par le consensus médiatique n'osera pas lui opposer le fait que le mal a changé de camps! Car aujourd'hui qui assassine nos concitoyens, à commencer par les juifs? Qui rejette la société qui est la nôtre? Les nazis ou la racaille islamisante qui empoisonne nos vies en n'ayant qu'un désir, celui de nous détruire.
Chapeau bas au tribun que vous critiquez. Comme lui je ne suivrai pas les consignes des boites de com que sont nos media. Non je ne voterai pas pour l'artiste adulé. Je m'abstiendrai.
Bien cordialement