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vendredi 2 juin 2017

Paradoxe de Claude MEILLET




PARADOXE

L'opinion de Claude MEILLET

            

          «Je viens de lire, s’exclama son copain, grand échalas aux grands bras à moulinettes, un truc ahurissant. C’est le monde à l’envers ! Le rétropédalage américain !». S’ensuivit, en rafale, l’énoncé d’une cascade d’exemples, illustratifs du phénomène paradoxal justificatif de cet ahurissement spectaculaire.




            Eux, ces Américains nomades, qui traversaient les États-Unis pour changer de job, ils deviennent sédentaires. Les migrations entre États se sont réduites de moitié. Vous vous rendez compte ! Les chefs d’entreprises de moins de 30 ans, depuis les années 90, ont diminué des deux tiers. La crise d’entreprenariat, aux States ! La découverte de l’Ouest, les cow-boys, les découvreurs, c’est fini ! Les Américains, ils deviennent pépères, ils veulent maintenant la tranquillité.
            En fait de disruption, c’est la stabilisation, le roupillon ! Ils sortent de moins en moins de chez eux. Les classes moyennes, ébranlées par la crise financière, secouées par la révolution numérique, recherchent la sécurité, les pauvres ne cherchent eux, actuellement, même plus à se révolter, il n’y a même plus d’émeutes. Et par-dessus le marché, leur culture historique de liberté est étouffée par leur aliénation à l’écran. Depuis celui de leur smartphone, à celui de leur ordinateur ou de leur télé !
            Fouetté par l’énergie de cet étonnement éruptif, Jonathan se laissa aller à la découverte d’autres paradoxes contemporains. C’est vrai qu’en face du nouvel immobilisme américain et de sa tentation récente du repli sur soi, la Chine hisse le drapeau du mouvement, d’un leadership rénové. Jusqu’à ressusciter une forme modernisée de la route de la soie. Le Brexit, la victoire surprise de Trump, la montée impressionnante des extrêmes confirmée par l’élection présidentielle française après l’extension des nationalismes en Europe de l’Est, oppose aux bienfaits de la mondialisation, la détresse de ses oubliés, de la masse de ceux qui en sont les victimes.
            L’irrésistible envahissement de l’univers numérique, d’internet, de l’intelligence artificielle, invente un nouveau monde qui envoie le vieux aux calendes. Amazon, Google, Apple, chassent de plus en plus clairement sur le territoire de l’industrie automobile, de Renault à Volkswagen, Ford ou Toyota.  Avec le paradoxe du paradoxe qui fait que cet univers hightech crée lui-même son propre ennemi. Les cyber attaques mondialisées se révèlent capables de bloquer les applications d’un progrès qui les a elles-mêmes rendues possibles. Et puis, la restauration du passé vient se heurter au culte du futur. Daech brandit une copie de califat en opposition à une modernité renégate. Erdogan en Turquie revigore un islamisme dur et impose l’étouffement des libertés dans l’ambition de faire revivre une splendeur impériale dominatrice. Poutine, nouvel empereur, ambitionne de faire oublier à la Russie actuelle la dégradation de sa réalité économique et sociale, sous le fantasme du rempart d’une civilisation à part, vraie héritière des valeurs de l’Europe ancienne.

            Cependant, ce choc des contraires simultanés, se dit-il, n’est que le reflet d’un monde qui vit. Avec ses morts et ses naissances. Ce qui fait qu’en somme, la somme n’est jamais nulle. Mais toujours positive. Je vais lui dire, à cet escogriffe. Le paradoxe, c’est la vie. Il suffit de regarder dans les deux réalités que je fréquente. Sésame, un accélérateur de particules, espèce de producteur géant de rayon X, vient d’être inauguré en Jordanie. Il rassemble des scientifiques de tout le Moyen-Orient. De Chypre, Égypte, Jordanie, Turquie, Pakistan, des territoires Palestiniens, d’Iran. Et d’Israël. C’est-à-dire qu’une coopération régionale vient transcender une situation politique en totale sclérose et l’enracinement d’antagonismes nationaux.
            La France, ce pays réputé en déliquescence, est devenu en quelques années le premier pays européen en termes de création de start-up.  Et dans un délai encore plus définitivement court, il vient de renouveler une classe politique pourtant agrippée aux manettes du pouvoir, devenue sans s’en rendre compte complètement caduque. Remplacée en un tour de main et deux tours d’élection par une génération quasi spontanée.
            Il rejoignit son ami, dont les grandes enjambées l’avaient distancé. Qui s’empressa aussitôt de lui expliquer, à coup d’exclamations, de gestes hélicoïdaux accélérés, qu’en dépit de son assoupissement actuel, l’Amérique restait pour lui, le seul grand moteur de l’évolution humaine.
            «Tu es bien un paradoxe à toi tout seul» glissa Jonathan, entre deux moulinettes de bras.


2 commentaires:

Véronique Allouche a dit…

31 mai Claude Meillet le paradoxe.
Sauf qu'aux USA les instances nationales sont très vigilantes sur l'abus de pouvoir que pourrait exercer Trump, y compris dans son propre camps. Comme cette loi qu'il instaura interdisant l'entrée sur le territoire américain des ressortissants de six pays arabes. En quelques jours deux juges fédéraux y ont mis un terme.
Pour comparer ce qui est comparable entre deux démocraties, la polémique de l'affaire Ferrand qui anime en France le débat du moment résiste à toutes pressions et surtout à la justice qui est loin du zèle qu'elle a manifesté lors de l'affaire Fillon.
Il serait bon de jeter un œil de l'autre côté de l'Atlantique pour prendre exemple sur l'indépendance qui y règne face au pouvoir.
Le paradoxe serait de le nier.
Bien cordialement

Claude Meillet a dit…

Bien vu, bien dit.....et redit