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vendredi 14 avril 2017

L'Iranien Rohani en Russie pour des liens stratégiques


L’IRANIEN ROHANI EN RUSSIE POUR DES LIENS STRATÉGIQUES

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps


       
          Le président iranien Hassan Rouhani a effectué sa première visite officielle en Russie, du 27 au 28 mars 2017, accompagné du ministre des Affaires étrangères Mohammed Jawad Zarif et du ministre des communications, ainsi que d’une grande délégation économique. En rencontrant le président Vladimir Poutine, il a cherché à renforcer les liens, les échanges et les investissements économiques bilatéraux. 





Usine nucléaire de Bushehr

            La Russie et l’Iran ont signé des traités dans les domaines du pétrole et du gaz, des media et des technologies de l'information, de l'énergie nucléaire avec la construction de deux centrales électriques supplémentaires à Bushehr, de la construction d'une centrale thermique à Bandar Abbas et surtout dans le tourisme. Les visas ont été supprimés pour les groupes de touristes russes visitant l’Iran.
            Poutine recherche bien sûr une coopération précieuse entre les deux pays sur la scène internationale. Il a souligné la lutte commune, contre Daesh et le groupe Jabhat al-Nosra, qui a permis au régime de Damas de résister aux rebelles. Il s’est félicité que l'Iran, aux côtés de la Turquie et de la Russie, soit garant du cessez-le-feu. Enfin, il a annoncé son intention d'amener les relations bilatérales au niveau d'un «partenariat stratégique». Ils sont revenus sur le JCPOA (Joint Comprehensive Plan of Action), plus connu sous l’appellation d’accord sur le nucléaire iranien, en confirmant que Rohani s’était engagé à le mettre pleinement en œuvre mais que l’Iran se gardait le droit d’utiliser l’énergie nucléaire à des fins pacifiques. Ensemble ils ont même confirmé leur volonté de dénucléariser le Moyen-Orient visant ainsi Israël. Il s’agit aussi d’une pierre jetée dans le jardin de Trump qui avait envisagé, durant sa campagne électorale, d’annuler l’accord nucléaire avec l’Iran. Ce sujet discuté avec l’Iran semble démontrer que la Russie n’est pas prête à revenir sur ce qui a été signé.
S300

            La Russie et l’Iran ont des points de convergence sur la scène internationale, certes sur un front anti-occidental mais dans le Caucase, en Asie centrale et dans la région de la mer Caspienne. Le développement des relations a trouvé sa traduction directe avec la fourniture du système de missiles de défense aérienne S-300, déjà opérationnel, auquel Israël et les États-Unis s’étaient opposés. La discussion est engagée sur la fourniture d’avions de chasse Sukhoi-30 et de tanks T-90. Cette fourniture d'armement est la conséquence du soutien affiché de l’Iran à Bachar el-Assad et de la collaboration militaire sur le terrain. La Russie s’est ainsi engagée à inclure l'Iran dans les discussions pour un règlement futur en Syrie.
            À noter que Rouhani s’est rendu à Moscou immédiatement après Erdogan et Netanyahou qui ont constaté que l’implication de l’Iran et de la Russie dans le conflit syrien a amélioré la situation militaire de Bachar Al Assad et que la présence de l’Iran aux côtés de la Turquie garantissait le cessez-le-feu pour la fin de la guerre civile. Rohani a tenu à se rendre à Moscou pour s’assurer que les nouvelles relations avec la nouvelle administration Trump ne soient pas faite sur son dos. Il semble qu’il ait été rassuré sur ce point.
            Cette visite a aussi une incidence sur le plan interne en Iran, à la veille des élections présidentielles. L’accord nucléaire a été mal perçu par les opposants de Rohani qui n’ont pas vu d’amélioration de leur situation économique, malgré la fin des sanctions. Les investissements occidentaux se font encore timides sans compter les discussions qui se trament au Congrès américain pour fixer de nouvelles sanctions avec l’accord tacite de Trump. 
          Cette visite donne un peu de baume au cœur au président iranien.  Il est vrai par ailleurs que la Russie voyait peu de projets se concrétiser avec l’Iran qui avait tendance à s’orienter vers les Occidentaux. C’est pourquoi, lors de sa visite, Rohani a tenu à porter les relations économiques entre l'Iran et la Russie à un niveau supérieur à long terme. Cependant, les observateurs politiques ont tendance à qualifier ces relations d’opportunistes plutôt que stratégiques. En effet si la Russie et l’Iran s’entendent pour sauver le régime d’Al Assad, ils n’ont pas de stratégie commune sur l’avenir de la Syrie. Dans les prémices de discussions, les rebelles sunnites voient d’un mauvais œil la présence chiite iranienne en Syrie.
            Par ailleurs il n’existe pas d’unanimité en Russie sur la coopération avec l’Iran. Seuls les services sécuritaires voient en lui un partenaire contre l’Occident et un moyen de rendre à la Russie son statut de puissance mondiale. D’autres estiment que l’introduction du Hezbollah en Syrie ne sert pas l'intérêt de la Russie. 
            Enfin Israël ne peut être ignoré dans ce contexte car c’est un acteur régional d’influence dont la Russie ne peut ignorer les actions sur le sol syrien contre les transferts d'armes au Hezbollah. Israël par ailleurs acceptera difficilement, pour raisons sécuritaires, la présence permanente de l’Iran à ses frontières. 

          Sur le terrain syrien, l’Iran et la Russie qui n’ont jamais été des alliés traditionnels, se sont retrouvés autour d’intérêts communs. L’arc chiite Téhéran-Bagdad-Damas-Beyrouth est soutenu par Moscou face à l’axe sunnite, pourvoyeur de djihadistes, composé de la Turquie, de la Jordanie, de l’Arabie Saoudite et des pays du Golfe persique. Sur le plan de la realpolitik, l’Iran et la Russie, ont des ennemis communs. Cela suffit à nourrir les inquiétudes d’Israël qui, lors de la visite de Netanyahou à Moscou, avait mis en garde Vladimir Poutine sur les prétentions iraniennes dans la région. Il s’oppose fermement à toute structure militaire iranienne permanente en Syrie.
          L'Iran soupçonne cependant la Russie d’une certaine complicité car elle reste passive face aux frappes israéliennes contre les convois d'armement en Syrie. Rohani a certainement dû soulever cette question à Moscou. Les milieux russes tentent aussi de persuader les Iraniens de faire des concessions qu’ils présenteraient à Israël. La consolidation des liens entre la Russie et l’Iran ne laisse pas indifférent Israël qui devra considérer ses actions en Syrie à la lumière des relations entre l'Iran et la Russie.

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