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mardi 21 février 2017

L'échec programmé des candidats naturels



L’ÉCHEC PROGRAMMÉ DES CANDIDATS NATURELS

Par Jacques BENILLOUCHE

copyright © Temps et Contretemps

            

          Il y a quelques semaines, personne n’aurait parié un kopeck sur la défaite d’abord d’Alain Juppé puis ensuite de François Fillon à droite et enfin sur l’écrasement de Manuel Valls à la primaire. Les candidats naturels des partis, qui ont longtemps fait la course en tête des sondages, ont été renvoyés à leurs chères études. Les normes politiques ont été changées. Les partis ont été bousculés dans leur hégémonie.



            Les représentants de gauche préfèrent aller en ordre dispersé. Les partisans de la gauche dite «alternative», représentée par le candidat PS Benoît Hamon et celui de la «France insoumis incarnée par Jean-Luc Mélenchon n’envisagent, malgré leurs très nombreuses convergences, aucun accord de désistement permettant à un seul des deux de participer à la compétition. Selon le dernier sondage du 20 février, Emmanuel Macron et François Fillon sont à égalité avec 20% % des intentions de vote, loin derrière Marine Le Pen qui caracole en tête avec 27 % des voix. Benoît Hamon est crédité de 16 % face à Jean-Luc Mélenchon stable à 12 %. Les écarts faibles et les votes volatils n’assurent pas encore une image définitive de l’élection.
            Ainsi sur le papier, avec 28% des voix, la gauche pourrait se qualifier pour battre le FN au deuxième tour. Mais la logique des chiffres ne cadre jamais avec la logique politique ni avec les egos surdimensionnés des candidats. Mélenchon, à l’instar de l'historique Parti communiste, n’est jamais aussi tonique que dans l’opposition. Il craint de mettre les mains dans le cambouis dans un éventuel gouvernement commun de la gauche. Il a trop peur que soit mise en évidence l’illusion de son programme démagogique. Alors la gauche se dirige vers un échec annoncé avec son élimination certaine dès le premier tour.
            Emmanuel Macron qui avait fait un départ en trombe n’arrive pas à consolider sa candidature qui s’étiole au fil des jours. Il est arrivé très vite sur la scène politique avec une inexpérience politique qui le mène à des maladresses, hypothéquant chaque jour une victoire qui ne faisait aucun doute.

            François Fillion, qui avait porté avant l’heure des habits de président, est tellement déconsidéré par l’opinion publique qu’il a perdu toute crédibilité dans cette campagne. Son slogan électoral s’apparente à «moi ou le chaos» puisque, malgré l’épée de Damoclès d’une inculpation judiciaire, il a décidé d’aller jusqu’au bout, sans tenir compte des intérêts de son parti. La droite est tellement tétanisée qu’elle ne veut plus envisager de changer de candidat, surfant sur le fait que les Français abhorrent de voter le Pen.
            La logique politique est tellement bafouée que nul ne peut prévoir le scénario qui se profile dans les semaines à venir. Une certitude cependant, si aucune décision n’est prise par Fillon avant le 26 février alors, il n’y aura aucun plan B et son sort restera entre les mains des Français sachant que les électeurs brûlent souvent ceux qu’ils ont adoubés. D’ailleurs durant ces primaires, ils se sont lâchés pour envoyer à la guillotine ceux qu’ils avaient encensés quelques mois auparavant. Le «dégagisme» cher à Jean-Luc Mélenchon a fonctionné à plein rendement avec la volonté de participer à une manœuvre revancharde. Comme en 1793, les têtes politiques sont tombées pour laisser place à ceux qu’on attendait le moins, une nouvelle poussée de jeunes non-initiés.

            La vague anti-establishment a tout balayé sur son chemin. L’ancien président de droite Nicolas Sarkozy n’a pas passé le cap du premier tour de la primaire. Le président socialiste François Hollande a renoncé à se présenter devant les résultats calamiteux de son quinquennat. Les deux anciens premiers ministres Alain Juppé et Manuel Valls ont été désavoués. Les Français ont décidé de sévir contre les corps constitués et ils gardent encore le droit de manifester leur mauvaise humeur en modifiant l’ordre établi ou en adoubant un candidat «surprise».

            Alors que la campagne officielle n’est pas encore lancée et que les candidatures ne sont pas définitives, les sondages prédisent un duel final entre un néophyte de la politique, Emmanuel Macron, et une experte populiste Marine le Pen. Les deux prétendants qui se disent «ni de gauche et ni de droite» donnent le coup de grâce aux partis traditionnels républicains. Ils offrent cependant aux Français un choix clair puisque car chacun d’eux est l’antithèse de l’autre dans la conception politique.
            Marine le Pen se drape dans son patriotisme en donnant d'abord la préférence aux ressortissants français qui doivent échapper au poids politique de l’Union européenne. Pour redonner son indépendance à la France, elle prône l’abandon de l’euro et le retour au franc, l’augmentation des mesures protectionnistes et l’arrêt de l’immigration en surfant sur l’invasion islamiste.    
            Emmanuel Macron veut rester fidèle à l’Union européenne tout en ouvrant encore plus les frontières pour favoriser le commerce mondial. Comme les jeunes de la nouvelle vague, il est convaincu que la France n’a rien à envier à ses concurrents sur le plan de la recherche technologique (spatial, biotechnologies, électronique entre autres). Il mise donc sur l’innovation technique. Il veut libéraliser le système de protection sociale en l’adaptant à un marché du travail moins stable. L’homme issu de la caste des diplômés veut naturellement favoriser les siens. 
            Les deux candidats se détestent. Marine le Pen, qui axe sa campagne sur les classes sociales défavorisées, traite son adversaire d’ultra-libéral sans aucune prise avec la réalité parce qu’il est «sorti de nulle part».  Emmanuel Macron, qui n’a aucun doute sur le populisme de la candidate du FN, lui dénie le droit de parler «pour le peuple» alors qu’en fait par nature, elle ne cherche selon lui qu’à s’adresser à son clan, le clan nationaliste d’extrême-droite.  Pour mieux mettre en évidence leur antipathie mutuelle, ils vont jusqu’à mesurer leur audience le même jour, lors de meetings dans la même ville de Lyon.

            Ils se retrouvent cependant sur un point, la volonté de briser l’emprise des anciens partis qui sont déjà mis hors-course. Pour eux les partis de la Vème république sont caducs. Marine le Pen espère rééditer l’exploit de Pierre Poujade en 1956 qui avait raflé aux partis traditionnels 52 sièges de députés, dont Jean-Marie le Pen. Mais ils sont bien différents. Marine le Pen est tombée dans la politique depuis que son père a créé le FN en 1972. Emmanuel Macron est un novice qui veut se tailler une place hors des partis. Le paradoxe de Marine le Pen tient dans le fait que son parti privilégie la droite dans son idéologie mais qu’elle prétend parler au nom du peuple alors qu’elle habite une banlieue chic et riche, loin de la réalité de la classe ouvrière qu’elle est censée défendre. Elle se situe effectivement à plusieurs lieues du diplômé de l’ENA, qui a travaillé dans une banque d’affaires avant de devenir ministre de l’économie de François Hollande. Ils représentent deux mondes qui s’opposent.

            Au final, dans l’état actuel des candidatures et des intentions de vote, les Français devront choisir entre une candidate nationaliste et xénophobe, voire antisémite, et le représentant d’une caste internationaliste et libérale. Tout cela parce qu’ils ont réussi à faire «dégager» les tenants habituels des corps constitués. Nouvelle ère, nouveaux hommes, nouvelles incertitudes. 

3 commentaires:

Véronique Allouche a dit…


Alors que les primaires s'étaient distinguées par leur bonne tenue malgré le couac des résultats définitifs à gauche , la suite s'est révélée moins brillante quant aux prestations des différents candidats. Fillon a fait silence après sa victoire, prétextant un temps de repos. Le Pen n'était plus très audible, gardant ses fusibles pour les toutes dernières semaines préélectorales , Macron remplissait les salles en tenant un discours discordant, tantôt à gauche tantôt à droite, Mélenchon continuait sa route vaille que vaille et Hamon essayait laborieusement de vendre son utopie. Affligeant.
En revanche la campagne très bien menée par les média qui jour après jour démolissent Fillon pour le "dégager"et qui encensent Macron leur chouchou finira par porter ses fruits. Une publicité martelée à l'envie afin que les clients y adhèrent.....
Bien cordialement

Marianne ARNAUD a dit…

Cher monsieur Benillouche,

Si je vous ai bien lu, vous prévoyez que François Fillon "est tellement déconsidéré" qu'il n'atteindrait pas le second tour où on verrait s'affronter Marine Le Pen et Emmanuel Macron, avec à la clé, l'élection de ce dernier à la présidence de la République.
Vous n'attachez pas la moindre importance au fait que le Canard enchaîné, le PNF et les media, qui en ont fait tant et tant pour éliminer méthodiquement le candidat de la Droite républicaine, sont arrivés au résultat que M. Fillon est considéré, aujourd'hui, comme la victime d'un "coup d'état institutionnel" par la grande majorité du "peuple de droite" et peut-être même, au-delà.
Dans ces conditions, outre que nous pourrions assister à un revirement en faveur de M. Fillon - mais même en admettent que vous ayez raison - croyez-vous vraiment que les électeurs de la droite, privés de leur "candidat naturel" par l'activisme des media, reporteraient leur suffrage sur le candidat des media ?
J'avoue que j'ai comme un doute !

Très cordialement.

andre a dit…

Près de la moitié des électeurs ne sont pas sûrs de leur choix! Macron qui caracolait a dit deux énormités incroyables pour un candidat Président . Jamais Melenchon ne laissera sa place à Hamon qui veut distribuer le revenu universel sur fonds empruntés. Fillon est le meilleur pour réformer le pays mais les électeurs se souviendront qu'il a raflé et raclé tous les fonds mis à sa disposition alors qu'il tenait le rôle du Père La Vertu .
Triste suffrage . Vrai naufrage !
André M Tribune Juive