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dimanche 30 juillet 2017

La faillite du Venezuela de Maduro




LA FAILLITE DU VENEZUELA DE MADURO

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps


Les problèmes que connaît le Venezuela étaient prévisibles depuis longtemps déjà, mais l'opinion internationale avait les yeux fixés ailleurs. Pour les besoins de l'actualité, nous republions notre article du 2 novembre 2015. 
Capriles et Maduro
Il s’avère que Nicolas Maduro au pouvoir a été pire qu’Hugo Chavez. Le pays est en faillite aujourd’hui. L'élection présidentielle vénézuélienne du 14 avril 2013 avait pourtant fait l’objet d’une alerte puisque l'héritier de Chavez, l'avait emporté de justesse (50,62 %) face à Henrique Capriles (49,12 %). Le Venezuela avait raté l’occasion de choisir un jeune libéral de 42 ans, Henrique Capriles Radonski, qui aurait pu apporter du sang neuf en secouant un pays gangrené par l’idéologie marxiste. Mais Maduro avait axé sa campagne en l'accusant d’être un «agent sioniste» en référence à ses origines juives en tant que petit-fils d’un survivant de la Shoah.



Des assistés

Maduro s’était appuyé sur un électorat d’assistés. 2,4 millions dépendent d’emplois publics tandis que plusieurs millions vivent de subsides de l’État ou de programmes sociaux. Capriles n’avait pas réussi à convaincre une majorité d’électeurs, malgré l’exaspération de la population qui souffrait de la persistance du crime organisé, d’un taux d'inflation élevé, de la corruption et de l'inefficacité du gouvernement. Le Venezuela, qui regorge de pétrole, est paradoxalement victime de son trop-plein de richesse, mal distribuée, alors que le pays a préféré jouer la carte de l’antisionisme doublé d’antisémitisme. Il en paie les conséquences aujourd’hui. Au lieu de favoriser la naissance d’un modèle de démocratie et de privilégier le développement social, Maduro a détruit  les bases sociales du pays parce que les reculs sociaux servaient à museler l’opposition et à affaiblir les partis.

 Maduro avait maintenu son opposition à Israël jusqu’à dénier son existence dans une volonté de s’attirer les faveurs des potentats de la Ligue Arabe qui lui ont offert en récompense un strapontin d’observateur, sans que l’on sache quel certificat d’arabité pourrait justifier son adhésion parmi les Arabes. Il avait même choisi l'alliance avec l'Iran.  Les dirigeants communistes ont favorisé en 2009 l’émergence d’une vague d’antisémitisme qui s’était traduite par un boycott des magasins juifs et surtout par la profanation de la synagogue de Caracas dont l’Arche Sainte et les livres de prières ont été détériorés et dont les murs ont été souillés de slogans antisémites.
Synagogue de Caracas


Défis économiques

La population attendait de Maduro qu’il relève les défis économiques pour mettre l’économie au service du peuple et non l’inverse afin d’améliorer ses conditions de vie. Mais il n’a pas choisi d’appliquer une économie de marché salvatrice car elle risquait d’être mal comprise par une population assistée, dont les 30% sont touchés par la pauvreté. 
L’économie vénézuélienne ne manque pourtant pas d’atout. Cinquième puissance économique d’Amérique Latine et premier producteur pétrolier du continent avec en plus des vastes ressources minières (or, bauxite, fer, nickel, charbon…), hydrauliques et agricoles, le pays a connu en 2012 une croissance de 5,5%. Mais Maduro a failli dans l’instauration d’un nouveau modèle économique, à base de révolution bolivarienne financée par les revenus du pétrole car l’or noir, a été utilisé comme arme diplomatique dans les relations internationales.
La répartition des richesses n'a pas changé puisque 45% des ressources reviennent aux 20% les plus riches tandis que 32% de la population vit toujours sous le seuil de pauvreté. Le Venezuela manque de cadres, d’experts, de médecins et il doit s’approvisionner à l’étranger pour les médicaments, les denrées agricoles, les bananes et le sucre. Il souffre d’un manque d’eau et d’un déficit de production électrique, ce qui semble paradoxal dans un pays où l’abondance du pétrole pourrait servir à créer des usines de dessalement.
Mais les ressources du pétrole n’ont pas été investies dans des projets de production mais uniquement dans la distribution stérile de subsides. Les ressources pétrolières sont dépensées et gâchées dans une politique extérieure axée sur l’extension d’une influence politique à l’extérieur des frontières. La croissance du pays fait illusion car elle repose sur une forte dépense publique, face à une inflation galopante (26% en 2011 et 31% en 2012, 56% en 2013, 68% en 2014 et 80% en 2015). La dévaluation de la monnaie locale a atteint 50% avec double taux de change, légal et parallèle. Nicolas Maduro a tenu à maintenir l’héritage Chavez à tout prix, sans changer de politique, mais il n’a fait que conduire le pays à l'effondrement. Le Venezuela est entré en récession depuis 2013.

Antisémitisme d’État

Ligue arabe

Mais il est une constante systématique qui démontre que tout pays qui s’attaque à Israël sans raison et qui axe son combat contre les Juifs, finit toujours par en payer le prix. Le gouvernement du Venezuela avait voulu s’afficher plus royaliste que le roi à l’égard des Palestiniens. Il avait rompu ses relations diplomatiques avec Israël, en janvier 2009, pour protester contre l'offensive israélienne à Gaza alors que d'autres pays arabes avaient maintenu leurs ambassadeurs. 
Parallèlement, par une volonté d’assimiler le judaïsme au sionisme, Hugo Chavez avait mené la vie dure aux Juifs de son pays au point que la moitié des 20.000 Juifs qui y vivaient avait choisi l’exil. Le changement de dictateur n’a rien changé pour Israël qui n’attend rien d’un pays qui l'a voué aux gémonies et qui fait de son antisionisme son fonds de commerce.

La sanction a été immédiate. Les réserves en or du pays diminuent considérablement depuis plusieurs mois. Le Venezuela est aujourd'hui à court de liquidités et en état de cessation de paiement. Son seul salut, à court terme, réside dans la vente d’une partie de ses réserves d’or avec le risque d’hypothéquer l’avenir du pays. Le Venezuela doit rembourser une partie de sa dette, à hauteur de 15,8 milliards de dollars, à la fin de l’année 2016. Or à ce jour, ses réserves en liquidités sont presque nulles et il ne dispose que de 15,2 milliards de dollars en réserve, dont une grande majorité en or. Les réserves en or du pays diminuent chaque mois puisque le Venezuela disposait de 11,7 milliards de dollars en or en mai, contre 14 milliards en février.

Le pays, par idéologie ou par inconscience, n’a rien fait pour juguler la grave crise économique à laquelle il est confronté depuis plusieurs années. En effet le pays subit la baisse des prix du pétrole qui représente 96% de ses rentrées en devises. L’inflation record n’arrange pas les choses. Les Occidentaux observent la situation de manière passive, dans une sorte de punition à un pays qui a voulu les narguer sur pression de conseillers qui n’ont pas été les payeurs. Jean-Luc Mélenchon en particulier a poussé le Venezuela a maintenir cette voie qui menait à l’impasse, avec le seul but de ne pas dépendre du capitalisme américain. Le Venezuela ne peut compter que  sur l’aide de la Chine ou de la Russie, pour d’éviter la faillite. Il passe d’une dépendance qui aurait pu être choisie à une dépendance forcée.

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