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dimanche 1 mars 2015

LE HEZBOLLAH JOUE SON EXISTENCE FACE À DAESH



LE HEZBOLLAH JOUE SON EXISTENCE FACE À DAESH

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps



Le Hezbollah (Parti de Dieu) a été créé en juin 1982 en réaction à l’invasion israélienne du Liban en s'appuyant sur un financement iranien. Mais l’Iran, en crise économique grave actuellement, peine à le financer. Les restrictions de cette aide financière mettent la communauté chiite libanaise devant ses responsabilités. Tant que le Hezbollah pouvait se glorifier de ses victoires et tant que l’économie iranienne était prospère, Téhéran avait dépensé sans compter pour financer et armer son protégé libanais qui a longtemps profité de cette manne. Mais les choses ont évolué parce que l’ambition régionale de l’Iran a subi des contrecoups, soit économiques avec les sanctions occidentales, soit militaires avec l’expansion de Daesh dans son fief irakien.



Idéologie de résistance


À la suite de son implication militaire dans le conflit syrien aux côtés de Bachar Al-Assad, beaucoup de pays arabes avaient accusé le Hezbollah d’abandonner son idéologie de  résistance contre Israël pour tuer d’autres musulmans. Certes, il se rappelle de temps en temps au souvenir des medias en organisant une attaque contre «l’ennemi sioniste», comme celle contre les fermes de Chebaa le 7 octobre 2014, pour prouver qu’il peut agir sur plusieurs théâtres militaires à la fois. Face à un pouvoir libanais décomposé et à une armée libanaise restée à l’état d’embryon, il s’est même attribué le rôle de défendre les frontières libanaises, de lutter contre le terrorisme et de combattre les insurrections de Syrie et d’Irak. Il avait des prétentions internationales tant que l’Iran finançait et l’aidait en lui envoyant des généraux et des éléments des Gardiens de la Révolution pour l’aider dans ses missions.
Cette ambition démesurée a transformé la milice islamiste en armée intervenant sur des théâtres internationaux. Le Hezbollah avait d’abord préparé l’arrivée des Iraniens en Irak puis avait été missionné pour combattre la rébellion en Syrie. Certains trouvaient que ces activités, au-delà de ses terres du Liban, dépassaient sa vocation première de lutter contre les Israéliens. Il s’était attribué le rôle de gendarme chargé d’éradiquer le danger de Daesh en Syrie, en Irak et même au Liban. Alors, de mouvement de guérilla, il a pris l’allure d’armée hybride combattant contre des forces composites.

Bataille existentielle


Mais le combat simultané contre Daesh et le front Al-Nosra le dépasse car il a affaire à des sanguinaires déterminés à éliminer tous les chiites. Il s’agit d’une véritable bataille existentielle autrement plus idéologique et plus risquée que le combat contre Israël. Les djihadistes, contrairement à l’État juif, remettent en question sa doctrine religieuse chiite et accessoirement son droit même d’exister. Ils deviennent involontairement des alliés objectifs d’Israël sur un même plan militaire. D’ailleurs Nasrallah n’a pas hésité dans ses discours à assimiler l’action des djihadistes comme comparable à celle des Israéliens avec une argumentation osée puisqu’ils les accusent ensemble de vol de terres et de destructions de maisons. Le Hezbollah va jusqu’à assimiler le viol des femmes et le meurtre d’enfants à des méthodes juives pour marquer les esprits.
Dans son discours à l’occasion de la «Journée de la résistance et de la libération», Nasrallah a fait un parallèle entre l’installation des Juifs dans les implantations et l’envahissement des terres arabes syrienne et irakienne par les djihadistes. Il a été plus loin en n’hésitant pas à considérer que la stratégie des djihadistes est télécommandée par les américano-israéliens qui veulent installer la guerre dans le but de diviser le monde arabe. Il en donne pour preuve leur connivence dans les frappes militaires jugées symboliques et légères. Selon lui, la coalition occidentale contre Daesh n’a pas pour but de l’éradiquer mais d’uniquement de le contenir. C’est dans cet esprit que le Hezbollah justifie son intervention en Syrie comme entrant dans son idéologie de «guerre de résistance» qui lui impose de défendre ses alliés au-delà de ses propres frontières. Il accrédite ainsi sa stratégie offensive face aux attaques répétées des djihadistes contre ses forces au Liban, et justifie ainsi ses attaques préventives loin du territoire libanais, en s’inspirant du scénario à l’israélienne.

Hezbollah à l’initiative en Syrie


Pour exister, le Hezbollah a totalement modifié sa stratégie en Syrie. Il n’y avait eu au début qu’un rôle de conseiller militaire mais est devenu, à partir de 2013, partie prenante dans les combats. Il a investi ses hommes et ses armes aux côtés de l’armée syrienne qui entrevoyait déjà la déroute sans l’aide inespérée du Hezbollah. Les combats de Qusayr et Qalamoun ont entièrement été menés par la milice chiite libanaise qui bénéficiait d’un appui aérien et de l’artillerie de l’armée régulière. En outre, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), le Hezbollah a pris «l’initiative en menant l’armée syrienne et les forces iraniennes dans le triangle du territoire reliant Daraa, Quneitra et les provinces du sud-ouest de Damas.» A Homs, Alep et sur le Golan, le Hezbollah a déployé des forces d’opérations spéciales pour aider, former, conseiller et organiser les forces régulières syriennes et les forces paramilitaires. Il ne fait aucun doute que l’expérience du Hezbollah acquise dans la guerre contre Israël lui a donné une certaine aura et a, de façon significative, amélioré les capacités des troupes syriennes.
L’intervention militaire du Hezbollah en Syrie et en Irak a transformé une milice de résistance en armée classique pouvant presque rivaliser avec les forces al-Qods spécialisées dans les opérations spéciales. Le Hezbollah a dépassé son rôle de résistance aux Israéliens et a construit une alliance stratégique entre l’Iran, le Hezbollah, la Syrie et l’Irak, pouvant aligner des forces militaires sur des théâtres militaires étrangers pour s’opposer à Daesh et à Israël. C’est un véritable front militaire qui unit les troupes du Hezbollah, les Gardiens de la révolution (IRGC), les forces armées syriennes et des milices irakiennes et qui a décrété que tout attaque contre l’une de ses composantes est assimilée à une attaque contre tous les membres de l’alliance.
Mohammed Ali Jaafari

C’est ce qui a permis à Nasrallah d’affirmer que «la fusion du sang libanais et iranien sur le sol syrien, reflète l’unité de la cause et l’unité du destin des pays de l’Axe de la Résistance.» Mohammed Ali Jaafari, commandant du CGR, a fait écho à cette déclaration en déclarant que  l’attaque de représailles du Hezbollah aux fermes de Chebaa, avait valeur de réponse commune : «Nous sommes un avec le Hezbollah. Partout où le sang de nos martyrs est versé sur la ligne de front, notre réponse sera unie.» Il s’agit ainsi de la preuve de l’existence  d’un seul front commun confirmé par la déclaration de Nasrallah : «le Hezbollah n’est plus seulement préoccupé par des règles d’engagement avec Israël. Nous ne reconnaissons plus de séparation des arènes ou des champs de bataille».

Nouvelles théories militaires

Cette nouvelle stratégie a fait basculer les théories militaires en Israël contre le Hezbollah, plaçant le problème du nucléaire iranien en seconde priorité pour Tsahal. Contrairement à l’Iran, l’ennemi est aux portes des frontières. L’État-major israélien a remanié ses plans pour intégrer, dans une éventuelle guerre au nord, le risque d’opérations militaires en Galilée avec la participation active de troupes iraniennes. L’existence d’un front commun justifiera désormais que toute opération individuelle contre la Syrie, le Liban ou l’Iran,  sera interprétée comme une agression contre l’axe animé par le Hezbollah.
Benny Gantz

A la veille de son départ, le chef d'Etat-major Benny Gantz avait effectivement estimé que la menace du Hezbollah au Liban est «plus dangereuse» que celle posée par la bande de Gaza : «La menace à laquelle Israël est confronté à la frontière libanaise est bien plus importante que celle représentée par la bande de Gaza. Mais ne veut pas dire que je doive me rendre à Jérusalem à la hâte et demander à le feu vert pour lancer une opération au Liban ». Il a réitéré sa position trois jours avant de quitter l'uniforme : «Je n'ai aucun doute que nous devrons encore agir à notre frontière nord».
Gadi Eizenkot

Son successeur Gadi Eizenkot pense aussi que l'armée devrait donc s'attendre à une donne compliquée. Sous le commandement de Benny Gantz, elle restait constamment prête à affronter tout acte militaire au Golan et disposait pour cela d’un groupe de commandos spécialement conçu pour cette tâche. Pour l'instant, la situation semble être plutôt calme au Golan, bien qu’Israël doive faire face à de nouveaux groupes du djihad mondial. Il est convaincu que le Hezbollah sera son plus grand défi parce qu’il prend au sérieux les menaces de Nasrallah. Eizenkot va devoir préparer l'armée à une nouvelle guerre avec le voisin du Nord. Il a dit lui-même qu'il faudrait aussi préparer le front intérieur à une guerre balistique inattendue. Mais il compte sur la dissuasion pour reporter la guerre.


Enfin, tant que l'Occident maintient le dialogue avec l'Iran, Israël n'attaquera pas ce pays. Mais en cas d’échec des négociations et si les tensions augmentent, Tsahal devra être prêt à toute option. Tous les appareils sécuritaires israéliens sont mobilisés dans une guerre secrète pour accéder aux informations sensibles sur le programme nucléaire iranien. Enfin tant que le Hezbollah fait face à une menace existentielle devant le danger Daesh, Israël pourra intensifier la préparation extrême de ses troupes. 

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