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mardi 21 octobre 2014

ETATS-UNIS-ISRAËL : RACCOMMODER LES RELATIONS


ETATS-UNIS-ISRAËL : RACCOMMODER LES RELATIONS
Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps
           


La visite de cinq jours de Moshe Yaalon à Washington s’annonce sous l’ambitieux objectif du réchauffement des relations avec les Américains. Il s’agit de la première visite du ministre israélien de la défense depuis la fin de la guerre avec Gaza tandis que les contentieux entre Israël et les États-Unis sont nombreux, au moins au nombre de trois. Il débattra de ces problèmes avec son homologue Chuck Hagel  à qui il a déjà adressé ce message : «Les relations entre les États-Unis et Israël sont fondées sur des intérêts communs et des valeurs partagées et ceux-ci ne devraient pas être éclipsés par un désaccord quel qu'il soit».




Chuck Hagel


Le conflit de Gaza


            Le climat s’est en effet détérioré durant l’opération bordure protectrice lorsqu’une livraison d’armes américaines a été bloquée pendant plusieurs semaines en pleine guerre avec le Hamas alors que des centaines de missiles étaient envoyés sur le sud du pays.  Les Américains avaient alors prétexté que la procédure administrative requise n’avait pas été respectée pour l’envoi à Israël de munitions et de missiles. Benjamin Netanyahou n’avait pas apprécié ce qui pouvait être considéré comme un embargo déguisé. Cette décision était d’autant plus critique que l’Espagne et le Royaume-Uni avaient annoncé en même temps la révision de leur politique d’exportation d’armes vers Israël en raison du conflit à Gaza.
Cette propension des vendeurs d’armes à avoir des scrupules, toujours au moment où elles doivent servir, ne cesse d’étonner. Les armes sont destinées à la guerre et non uniquement pour la parade. Déjà depuis l’embargo français de 1967, Israël a développé un complexe militaro-industriel très performant, lui permettant d'être indépendant pour tout ce qui concerne les équipements radars, le matériel pour le renseignement et les puces électroniques. Israël est aussi à la pointe de la conception de drones, à l’exception des moteurs qui sont achetés au Canada. Le pays est cependant dépendant de l’étranger pour les avions de chasse, de transport et les navires car c’est trop lourd et coûteux à construire pour un petit pays. Cependant, en période de guerre, où les usines israéliennes travaillent à plein rendement, la consommation de munitions et de missiles est telle que les stocks doivent être rapidement réapprovisionnés.

Propos de John Kerry


Yaalon doit tenter de gommer le tollé en Israël suite aux propos violents de John Kerry qui avait  réclamé une reprise des discussions de paix israélo-palestiniennes. Le chef de la diplomatie américaine avait estimé que le conflit israélo-palestinien alimentait la colère de la rue dans le monde arabe et que tous les dirigeants de la région avec lesquels les Américains avaient discuté concernant la coalition contre l’État islamique avaient exprimé la nécessité d'une  paix entre Palestiniens et Israéliens : «Les gens doivent comprendre le lien. Cela a quelque chose à voir avec de l'humiliation, du déni et une absence de dignité».
Gilad Erdan

Ce lien entre le conflit palestinien et les djihadistes avait été condamné par le ministre des communications Gilad Erdan : «Avec tout le respect que j'ai pour John Kerry et pour ses efforts, il continue de battre de nouveaux records quand il s'agit d'essayer de comprendre notre région et le sens de nos différends.  Je crois que cette fois on a vraiment droit à un nouveau record».
Pour sa part, le ministre israélien de l'économie, Naftali Bennett avait été plus vif jusqu’à tourner en ridicule le secrétaire d'État : «Même quand un musulman britannique décapite un chrétien britannique, c'est aux Juifs qu'on envoie des reproches. Nous ne justifions nullement le terrorisme, nous combattons contre lui. Je  conseille à Kerry de bien croire à l'existence du danger qu'est effectivement Daesh. Ces terroristes veulent contrôler le Moyen-Orient,  de la Syrie à la Jordanie en passant par le Liban, ils veulent ressusciter le califat. Nous devons ou bien nous battre contre eux ou bien les soutenir. C'est un choix que le monde devra faire».
Marie Harf

La porte-parole adjointe du département d'État, Marie Harf, avait tenté de calmer le jeu face à une polémique qui marque «un grave tournant dans la crise qui secoue les relations israélo-américaines ». Elle a alors estimé que « les propos de Kerry ont été mal interprétés. Ils ont été exploités politiquement. Kerry n'a établi aucun lien entre Israël et Daesh. Tout ce qu'il a dit, ce sont les propos de certains dirigeants de la coalition selon lesquels un compromis israélo-palestinien pourrait tout simplement améliorer la situation au Moyen Orient après  des décennies de conflit ».

Nucléaire iranien


            Le dernier débat concerne l’Iran. Les négociations sur le nucléaire iranien ont repris à Vienne avec l’espoir d’une conclusion avant le 24 novembre. Il est probable que les diplomates affirmeront que les nombreux rendez-vous de Moshe Yaalon se dérouleront dans une «ambiance franche et constructive», un euphémisme pour caractériser en fait des turbulences dans le dialogue. À Jérusalem  on estime que les pourparlers entre les six puissances mondiales et l'Iran sur son programme nucléaire devront se poursuivre au-delà de la date limite du 24 novembre : «C'est le meilleur des cas car il est préférable de ne pas signer un mauvais accord ».
            En tout état de cause l’amitié avec les États-Unis ne peut être hypothéquée dans la situation grave que connaît le Moyen-Orient. Les diplomates, même militaires, trouveront certainement un terrain d’entente.


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