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lundi 17 février 2014

ESCALADE TERRORISTE EN ÉGYPTE


ESCALADE TERRORISTE EN ÉGYPTE

Par Jacques BENILLOUCHE

copyright © Temps et Contretemps

   
         Il est indéniable que l’attentat commis contre un bus touristique à Taba, au Sinaï, à moins de 300 mètres de la frontière israélienne, est un message clair envoyé par les terroristes à la fois aux autorités égyptiennes et au gouvernement israélien. C’est une véritable déclaration de guerre. C’est aussi la preuve que l’insurrection islamiste n’a pas été enrayée malgré les énormes moyens militaires égyptiens autorisés par le gouvernement israélien.


Cible de l’économie
Ville balnéaire de Taba

            Les terroristes ont utilisé l’arme la plus sensible puisqu’ils s’attaquent de front à l’économie égyptienne à travers la source la plus importante de devises pour le pays. En bombardant un bus rempli de touristes coréens, se rendant sur les Lieux Saints, ils ont montré leur opposition à toute collaboration entre l’Égypte et Israël, même lorsqu’il s’agit de relation civile ou cultuelle. Israël s’estime lui-aussi visé par les islamistes car Taba est une station balnéaire de la mer Rouge populaire auprès des touristes israéliens. Au moins une centaine se trouve actuellement dans la région. Israël n’oublie pas également l’attaque en 2004 de l'hôtel Hilton de Taba qui avait fait 34 morts parmi les Israéliens et les Égyptiens.
            C’est un nouveau tournant qui est pris par les islamistes du Sinaï qui s’en prennent à présent à des civils alors que jusqu’alors ils ont organisé des attentats sanglants contre les militaires et la police, tous deux symboles du nouveau régime. En orientant leurs cibles vers des civils ils montrent cependant un certain échec de leur combat car ils choisissent la facilité plutôt que l’action contre les forces de l’ordre lourdement équipées et protégées. 
Attentat d'El-Tor

         Il pourrait s'agir aussi d’un signe apparent de faiblesse car les terroristes doivent faire face à du matériel lourd et à des hélicoptères. Leur élan brisé les ont contraints à changer de stratégie. La dernière opération militaire des islamistes date d’octobre 2013. Il s'agissait d’un attentat à la voiture piégée contre le quartier général des forces de sécurité de la ville d’El-Tor qui a fait plusieurs morts et blessés. Cette nouvelle action, qui s’assimile à une action désespérée, pourrait conforter le régime égyptien dans sa volonté de frapper fort les islamistes politiques.

Frapper Israël

Rapatriement des corps suisses

            Les terroristes visent l’économie égyptienne, le maillon faible du régime et ils se sont inspirés du massacre de Louxor en 1997 lorsque 62 touristes, dont 36 suisses, ont été assassinés entraînant une baisse drastique du tourisme en Égypte. Le président Moubarak n’avait pas réussi à l’époque à donner une réponse adéquate à cette action sauf à frapper au hasard, contre les soutiens et les supposés militants de la cause islamiste.
Monastère du Sinaï

Cette fois le maréchal Al-Sissi, qui se prépare à la magistrature suprême, devra rassurer et innover s’il ne veut pas que la gangrène se propage à nouveau au Sinaï. Il a interprété le message comme une volonté de viser à la fois les Chrétiens et les Juifs puisque les pèlerins avaient fait le pèlerinage à Sainte Catherine, le monastère grec orthodoxe dans le même Sinaï qui a vu Moïse recevoir les Tables de la Loi.
Mais paradoxalement, cet attentat va accroître les liens entre les services sécuritaires israéliens et égyptiens qui ont toujours collaboré par des échanges d'informations sur les groupes terroristes. Israël a envoyé des équipes médicales prêtes à intervenir à la frontière. Des dizaines d'ambulances israéliennes et même un hélicoptère médical ont attendu pendant des heures sur le côté israélien de la frontière de Taba, mais l'Egypte a estimé pouvoir se passer de l'aide israélienne.
Il est fort probable que les autorités égyptiennes vont rendre responsables les islamistes de Gaza car, le même jour, des dizaines de tunnels de contrebande d’armes et de denrées ont été détruits par l'armée égyptienne. Il n’est pas impossible par ailleurs qu’il y ait une relation de cause à effet à la suite de la décision des Égyptiens de construire une zone tampon entre Gaza et le Sinaï.
Les islamistes du Sinaï prennent des risques énormes en cherchant à tarir le flot de touristes qui se rendent en Israël. Ils risquent de payer cher les 4 morts et 13 blessés qui ont péri dans l’attentat. Ils n’auront réussi qu’à intensifier les échanges entre services sécuritaires israéliens et égyptiens. Israël ne peut accepter que le danger se rapproche de ses frontières avec le risque accru d’envoi de roquettes sur la ville d’Eilat.

Un groupe djihadiste basé dans le Sinaï égyptien, Ansar Baït al Makdis (Les Partisans de Jérusalem), avait déjà revendiqué le 1er février la responsabilité d'un tir de roquette qui a visé Eilat. Ansar Baït al Makdis, qui se réclame d'Al-Qaeda, est un habitué des tirs de roquette depuis le Sinaï. Le cabinet de sécurité se réunit en urgence pour donner une suite concrète à cet attentat qui pourrait peut-être représenter un motif légitime pour Israël d’agir violemment contre les djihadistes en Égypte.  


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