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lundi 14 avril 2014

LE PESSAH DES DERNIERS JUIFS DE TUNISIE




LE PESSAH DES DERNIERS JUIFS DE TUNISIE

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps

 Nous reproduisons un article de mars 2013 qui reste toujours d'actualité.
La dernière boucherie cacher à Tunis (Photo Paul Rosenfeld)
Deux juifs américains, Paul Rosenfeld et Noah Rayman sont partis à la recherche des juifs de Tunisie à l’occasion des fêtes de Pessah et ils ont rapporté un témoignage émouvant, surtout pour ceux qui ont connu l’âge d’or de ce pays. Ils ont côtoyé les derniers juifs qui s’accrochent encore à leurs racines, face à l’exode irrémédiable d’une communauté qui n’a plus d’avenir.




Pessah triste




Ils ont rencontré le rabbin Daniel Cohen qui, avec sa femme et ses dix enfants, a migré pour la fête de Pessah, de leur appartement de Tunis vers leur maison située en bord de mer à la Goulette, à une dizaine de kilomètres de la capitale. Daniel est l’homme à tout faire pour les affaires religieuses de la communauté qui ne compte plus que 300 à 400 âmes à Tunis. D’ordinaire il enseigne en semaine à 27 élèves de la seule école juive existante et il passe tous les week-ends à officier dans l’unique synagogue de la Goulette, ville qui comptait, à l’âge d’or, plus de 13 lieux de culte. Le Deauville de Tunis était longtemps resté le lieu de villégiature du week-end et des vacances lorsque la population prospère de Tunisie s’y installait dans ses villas. 
Synagogue Beith Mordechai à la Goulette avec le fils Cohen


Daniel a passé la semaine à superviser la production de produits alimentaires cachers, souvent importés, avant de rejoindre son hypothétique «miniane», le nombre minimum de dix juifs pour participer à l’office du Shabbat. Le Talmud de Jérusalem fait le lien entre le nombre de 10 personnes exigées pour le miniane et les 10 frères de Joseph lorsqu'ils descendent en Égypte lors de la famine dans le pays de Canaan. C'est pourquoi l'on prie en groupe, non seulement pour soi, mais pour le groupe avec la volonté de changer les choses.

Il est loin le temps où Daniel se déplaçait en kippa ornée d’un liséré en or, alors qu'à présent il la cache sous sa casquette de base-ball Nike.  Il ne craint pas pour sa vie mais il estime qu’il est inutile de faire de la provocation en ces temps islamistes. Il sait qu’il ne fait pas illusion. Il est vrai qu'il reste reconnaissable parmi la population arabe mais il avoue que «les tunisiens ne font plus de différence aujourd’hui entre les juifs et Israël». 
Profanation du cimetière du Kef

Il reste cependant mitigé sur le nouveau régime bien qu’il affirme que, depuis la révolution de 2011, le gouvernement islamiste tunisien s’est engagé à protéger la communauté juive qui a compté jusqu’à 110.000 juifs exilés en France et en Israël en trois vagues, l’indépendance de la Tunisie en 1956, la crise de Bizerte en 1961 et la Guerre de Six-Jours en 1967. Il estime qu’il ne voit aucun avenir dans cette communauté qui vient de subir encore la profanation de plusieurs cimetières juifs, suffisamment pour susciter l’inquiétude de ses derniers résidents irréductibles. En effet, le 4 février dans le cimetière du Kef, plusieurs tombes juives ont été profanées avec des sigles nazis.



Vestiges de la tradition juive



Plus d’un millier de juifs s’accrochent encore à leur terre natale, en majorité dans l’ile de Djerba. À Tunis la gestion de la communauté s’effectue dans une ancienne école juive qui pour l’occasion permet aux juifs pratiquants de trouver les principaux produits cachers comme le vin, les épices et les matsot. 
Brigitte Hayoun (Photo Paul Rosenfeld)

Brigitte Hayoun, installée dans l’auditorium de l’ancienne école,  présente les quelques produits indispensables à la confection des mets cachers de Pessah : «c’est peu de choses mais il y a le minimum. A Paris on considèrerait cela comme négligeable». Son fils vient d’arriver de Paris pour les vacances et elle veut jouir de cet instant éphémère de bonheur : «Pour l'instant, nous sommes ici. Demain, nous ne savons pas.»

Des centaines de boucheries cachères, épiceries et restaurant de l’époque, il ne reste plus que deux vestiges qui vivotent difficilement. L’usine de matsot de la rue Arago n’existe plus. Le rabbin Daniel a dû se démener pour obtenir la supervision d’une fabrication spéciale de vin car les caves juives Bokobsa ont définitivement fermé en Tunisie. 

La communauté juive s’étiole et avec elle la jeunesse. Moshé Uzan, un jeune de 24 ans, explique qu’il est le seul de ses camarades de classe primaire à être resté, «les autres sont partis en France ou à l’étranger» ; pour lui l’étranger est un euphémisme car il se refuse à prononcer Israël dans cette terre d’islam. Il est un cas spécial car il a passé ses dix dernières années à étudier à Paris, en Israël et à New-York pour décider malgré tout de retourner à Tunis. Il vient d’y ouvrir une société immobilière chargée des biens des expatriés : «J’ai un contrat moral avec mes parents. Je peux aller à l’étranger mais je dois revenir pour les vacances et les fêtes. Je n’ai jamais raté Pessah ».



Pas de politique



Roger Bismuth et les dirigeants d'Ennahda


Roger Bismuth, président de la communauté juive de Tunisie refuse de s’adresser aux médias étrangers sur les problèmes des juifs tunisiens : «Je ne suis pas une minorité dans mon pays. Je suis un tunisien. Je suis le président de la communauté juive, mais je refuse de parler des juifs et des juifs face aux problèmes du pays.».
Le grand rabbin Bittan avec le président Marzouki

Haïm Bittan, Grand Rabbin de Tunisie préfère lui aussi qu’on ne parle pas trop de sa communauté. La mise à la lumière de ses ouailles peut leur causer du tort à l’heure où les islamistes régentent tout. Il a d’ailleurs refusé le projet de loi qui devait accorder des sièges au Parlement, réservés à des représentants de la communauté juive en Tunisie : «la communauté juive en Tunisie compte 1.700 membres sur une population globale de 11 millions, un chiffre qui ne permet pas logiquement de postuler à un siège au Parlement».

Les juifs de Tunisie sont comme toutes les minorités infimes dans les pays arabes. Ils s’accrochent désespérément à leur terre natale malgré une vie dominée par les islamistes, soit pour des raisons bassement matérielles, soit par conviction. Ils attendent sereinement le jour où ils seront contraints de la quitter sous la pression politique ou sous la pression des antisémites qui voient dans tout juif un israélien déguisé.


22 commentaires:

Nizar CHABBI a dit…

Bjr, le fils Hayoun (rudy ?) dont il est question dans l'article, je crois qu'il était dans ma classe

LEMAN a dit…

Des raisons matérielles peuvent ne pas être des bassesses. Il faudrait aider ces juifs à quitter ce pays sans avenir pour la communauté et à s'installer en Israel.

COMMENT VIVRE ENSEMBLE a dit…

Pourquoi ""bassement matériel""?
Matériel aurait suffit comme pour tous les juifs en galout!!

Jacques BENILLOUCHE a dit…

"Bassement" car il n'y a aucune raison idéologique qui pousse les juifs de Tunisie à rester et qui sont de deux catégories :
1. Ceux qui détiennent des biens qu'ils ne sont pas prêts à brader malgré les risques qu'ils encourent

2. Les juifs modestes qui aiment leur vie matérielle en Tunisie et qui estiment la vie en Israël trop dure pour eux.

Israël leur a fait souvent des propositions d'émigration et reste toujours prêt à tous les accueillir mais ils estiment que leur vie matérielle sera meilleure en Tunisie.

Jacques BENILLOUCHE a dit…

Nous savons ce qu'il est advenu des juifs de Syrie qui ont refusé de quitter leur pays en 1948 et qui sont à présent bloqués, sans passeport, et qu'Israël ne peut pas aider.

S.C a dit…

L'éternel paradoxe des Juifs en galouth



PAULA a dit…

Cet article sur la Tunisie m'a beaucoup attristée, bien que n'ignorant rien du climat délétère et insupportable qui pèse sur la poignée de juifs qui y vivent, une vie en points de suspensions.!!

Aussi je me demande comment est-il possible de s'accrocher à un minuscule espoir,ou à pas d'espoir du tout? Devenir l'ombre de soi-même,raser les murs,n'être plus que des fantômes,en espérant que les islamistes n'exercent leur rage et leur haine ,que dans les cimetières,et les synagogues !

Attendent-ils sereinement le jour où ils seront contraints de quitter ce pays? Je ne le crois pas :ils partiront le jour où on aura attenter à leur vie,les meurtres aidant ,ils n'auront plus aucune alternative.

En attendant ils rêvent de jours meilleurs et s'accommodent de cet erszat de vie, en refoulant leurs cauchemars , acceptant l'inacceptable !

krapfen a dit…

Je suis né en Tunisie, comme toutes les génératios de mes ancêtres qui s'y sont succédées depuis le seizème siècle.J'y ai grandi, comme disent les Tunes, "dans le miel".Je reste viscéralement un Tunisien, et les autochtones m'ont reconnu omme l'un des leurs chaque fois que j'y suis retourné.C'était un pays de coexistence, de mélange de langages et de coutumes, un pays de douceur de vivre. Il est devenu infect, c'est triste. Les Tunisiens, qui à la base sont plutôt de braves gens,vont en souffrir dans leur chair.Pour les Juifs, tant qu'ils sont vivants, il reste Israël.

krapfen a dit…

Je suis né en Tunisie, comme tous mes ancêtres qui m'y ont précédé depuis le seizième siècle.
Comme tous les Tunes, 'ai grandi "dans le miel", dans ce pays de partage de langues et de coutumes, de tolérance et de tendresse.
J'y ai été accueilli et reconnu comme enfant du pays à chaque fois que j'y suis retourné.
Ce qui m'attriste,c'est de ne pouvoir douter que ce pays est devenu infect.
Les Tunisien(ne)s, qui sont par nature plutôt doux, le regretteront amèrement.
Pour les Juifs ,il reste Israël. Ils doivent faire vite s'ils veulent y arriver avec leur intégrité physique et morale.

camuz a dit…

ce qui faisait le charme et l'attraction pour les juifs de Tunisie , c'était la communauté , actuellement , il n'y a plus de véritable communauté et donc ,il n'y aura plus de jours meilleurs pour eux

Anonyme a dit…

Il faut énormement de courage pour quitter la terre où nous grandissons. Tout va nous manquer, les couleurs, les bruits familiers les parfums les rythmes et comment blâmer ceux qui restent au péril de leur vie.
Partir pour vivre oui mais on en meurt parfois et en en meurt un peu...
Que D. protège ceux qui y sont encore....

Jean-Antoine TUBIANA a dit…

mon grand père saidou dit, Félix, tubiana est tunisien de la goulette et son mariage avec ma grd mère, kamra, dit,clémence sananès de Tlemcen en Algérie les ont conduit au Maroc a Casablanca ou ma mère est née Odette tubiana, de là nous avons fait des alliances et mariages famille Ohayon de Mogador ,famille Delpino de casa...enfin une grande histoire...maintenant nous le savons depuis longtemps, du temps des mellah notre statut de dihmni ne protège pas...et c'est selon les bons vouloirs des politiques que notre sort est ou sera plus ou moins favorable...depuis des siècles xx...c"est ainsi... et malheureusement cela n'est pas prêt d'évoluer.
alors vous qui êtes resté en Tunisie, partez vite...ne vous retournez pas...sauvez vous et vos proches...l'archéologie retrouvera les traces de nos ancêtres..amis, pour qui lentement voient l’islamisme s'installer, qui durera un temps seulement, détruira toute chose nouvelle et humaine car ils sont animé par la pulsion (du Chaytan... de Satan) de mort! paix vous mes amis...et mes frères et sœurs..

Anonyme a dit…

Grande tristesse de voir ce beau pays où j'ai grandi s'eloigner inexorablement de nous

dayan daniele a dit…

bien sur comme tous ceux qui y sont nes et y ont grandis ,c est dommage que la tunisie ait tellement changee et j avoue ne pas comprendre les derniers juifs qui s obstinent a rester dans un pays ou on les meprise,on les insulte .......ils ont un pays dont ils devraient etre fiers et qui les recevront les bras ouverts ....ca suffit de baisser la tete!!!!11111111

muriel a dit…

La situation des juifs de Tunisie est exactement la même que celles des juifs de France a cela pres que les juifs tunisiens sont beaucoup moins nombreux, ce qui eveille notre compassion. Plutot que d eveiller, il serait grand temps de se reveiller!!!

Paul Uzan a dit…

hé bé !!

mon bon Jacques "fils de la Joie" (ben Illouz et pas comme on croit fils de l' agneau -3allouche-)
ton texte m' a filé un de ces cafards !!
une vraie khanefoussa de hammam

cordialement

lapalice a dit…

Ce texte et ses commentaires devraient être publiés dans les journaux Français et Européens pour montrer le désarroi de cette population.
Après avoir lu ce texte, ou est l’apartheid en Tunisie, dans les pays arabes ou en Israël.
Ce texte doit devenir une pièce historique.

Saulnier a dit…

Le cimetière profané n'est pas le cimetière du Kef. Ça c'est un cimetière européen

Emmanuel DOUBCHAK a dit…

C'est en tant que Juif athée que je trouve vraiment bizarre que le monde entier continue inexorablement à pousser les Juifs à l'émigration, que ce soient les pouvoirs publics, les mouvements nazis ou populistes, ou d'autres joyeusetés de toutes sortes, ce qui rend ces pays "Judenrein" de fait ou en voie de le devenir. Ces pays, malgré leurs déclarations, sont finalement ce que les communistes indécrottables appelaient des "amis objectifs" du Sionisme, et prouvent bien que seul l'Etat d'Israël est le lieu collectif pour les Juifs, d'où qu'ils soient et quoi qu'ils pensent.

Je ne trouve pas les paroles de Jésus très juives, et d'ailleurs, les Chrétiens n'ont jamais appliqué ce message, mais réellement, il semble que ces braves antisémites tendent la joue, pour s'en ramasser une belle de leur propre fait. Donc merci à vous tous les obsédés du complot juif.

JP CG CG a dit…

souvent ce sont les juifs de Tunisie qui ne veulent pas partir.
j'avais justement interrogé des commerçants juifs de Djerba , unanimement, pour eux , c'est nous en France qui sommes en danger

Cherif FIRAS a dit…

j'habite Tunis; juste à côté de l'école juive qui se trouve à Rue Palestine (comme par hasard) ; et parmi mes voisins y a 4 familles juives ;ils sont des tunisiens comme les autres; d'origine modeste ;qui peinent à gagner leur pain! et je suis choqué d'entendre dire qu'ils souffrent de discrimination ou qu'ils sont victimes d'actes antisémites!!! ils fréquentent les cafés de Lafayette; ils jouent aux cartes, un certain Elie a une boucherie Cachère à l'Av de la liberté en face de la synagogue ; et la plus part de ses client sont musulmans!! concernant Jerba; ou il y a la communauté juive la plus importante de la tunisie; ils sont encore mieux intégrés; concernant le cimetière vandalisé à Kef; les auteurs ont été arrêtés, il est vraie qu'ils sont des salafistes, mais il faut rappeler que le cimitière date de la 2ème guerre mondiale et il y repose soldats juifs et chrétien! et je trouve pas "juste de juger un pays pour un acte isolé !

Anonyme a dit…

J'ai ce vague sentiment qu'il y a confusément quelque chose de malsain, dans cette similitude d'objectifs entre les nationalistes anti-juifs qui ne veulent plus aucun juif sur leur territoire et les sionistes qui s'obstinent à vouloir faire venir tous les juifs en Israël.
Cette complémentarité est la porte ouverte à toutes sortes de compromissions au bout desquelles chacun de ces deux « idéaux » trouverait motif à chanter victoire.
Pour ceux qui rêvent d'un nouvel holocauste à l’échelle planétaire : mettre tous les juifs du monde en Israël serait comme leur offrir un immense Vel'd'hiv : bombardable, inflammable et destructible à merci.
Les sionistes, eux, un fois que tous les juifs seront en Israël, comptent sur la venue du Messie pour sauver Israël.
Bizarre qu'ils se proclament ennemis, ceux-là.